Par tous les temps - Tome I

 

Format : 298 pages
Dimensions (cm) : 13 x 20
Date de parution : 5/07/2008
ISBN : 9782356078766

Editeur : Edilivre
Catégorie : Poésie
de Paul Jolit

Un glissement propice à l’aube
Me pousse au recommencement.
J’ai le droit comme tous les autres
De profiter aussi de mon temps.
Du vin ! J’ai soif et puis je meurs !
Et je m’emporte au fil des verres.
J’ai la soif propre à la colère
Qu’on cuve en ruminant sa peur.
Ca s’appelle communément
Le courage de se laisser vivre.
Du fond de mon puits, je dessine
Des motifs pas très rassurants.
Si le monde prenait le temps
De s’occuper malgré son sort,
Ça ferait des joies, et encore
J’oublie les feux des revenants.
Si le monde prenait le temps
D’écouter la pluie lorsqu’en flaques
Elle effluve l’odeur d’un cloaque
Qu’on assainit sans mauvais sang.


Bonté cherche bonté

 
Quoique ne sachant pas son nom,
J’aurais aimé que la pudeur
M’eût fardé l’imagination
Afin de me rendre meilleur.
 
J’ai pour toi beaucoup d’gratitude.
Ca ressemble à quoi d’être rude
De la fibre pour le principe
De n’offrir aucune mauvaise prise ?
 
Quoique ne sachant pas ton nom,
Je respire à tes sources claires.
Les avenants sont un mystère.
Je t’en sais gré dans ma chanson.
 
Ca ressemble à quoi de médire
Quand tant de bien est à portée ?
Tressée de mes mains malhabiles,
Ma bonté cherche ta bonté.


Douceur des torrents

 
Ma voix se raffermit
Lorsque je sens ses gestes.
Elle m’a tout appris,
La souplesse et le reste.
Au travers de ses mots,
L’osier me fait de l’oeil.
La source coule son eau
Sous le manteau des feuilles.
 
Laissez à ma verdeur
Son long apprentissage.
L’acidité à coeur
Eloigne les importuns,
Ceux dont on rêve parfois
De détacher le lien.
Le ruisseau se hasarde
A sillonner la plage.
 
Ma rivière aperçoit
Déjà le fleuve au loin.
C’est en haute montagne
Que commence mon chemin.
Attention que le loup
Mette ses crocs de diamant.
J’expérimente pour vous
La douceur des torrents.


Lueurs de l’exil

 
Qu’est-ce que tu vois de ta lucarne ?
T’es la vigie, le point de mire,
Le premier mort qui tombe à pic
Quand un autre bateau amarre.
 
Qu’est-ce que tu vois par tes hublots ?
T’es la vigie, montée très haut,
Montrée du doigt de toutes parts,
Le phare lumineux d’un espoir
 
Qui n’a pas dit son dernier mot.
T’es la vigie près du Très-Haut,
Lorsqu’il envoie en première ligne
Les dernières lueurs de l’exil.


Parentés

 
Les parentés qui se dessinent
D’une rive à l’autre, de fleurs en cimes,
Montrent toutes du doigt l’abîme.
Voilà la peur d’être qui radine.
 
Y’a comme un trou dans ma chaussette
Par où s’écoule mon jus de tête.
Avant de m’en apercevoir,
J’ai laissé couler ma mémoire.
 
Y’a comme un trou dans ma vessie,
Un trou de lanterne avachie.
Avant d’en percevoir le fond,
Il m’a fallu plus d’un savon.
 
Y’a un trou aux cailloux des pentes.
Y’a plus qu’à se serrer les coudes.
Vivre, c’est une fuite à résoudre
A sa manière pour que l’on chante.
 
Les parentés qui se dessinent
D’une rive à l’autre, de fleurs en cimes,
Montrent toutes du doigt l’abîme.
Voilà la peur d’être qui radine.