Tranches de vie au féminin
Format : 68 pages
Editeur : Chloé Des Lys
Dimensions (cm) : 14,5 x 20,5 x 0,5
Date de parution : fin 2007
ISBN : 978-2-87459-261-4
Catégorie : Nouvelle
de Ghislaine Renard
Comme son titre l’indique, le livre contient des tranches de vie : celles de six femmes différentes sans rapport entre elles, que le lecteur accompagne quelque temps, juste le temps de s’y attacher sans se lasser de sa lecture... Les unes plus longtemps que les autres. Elles portent les noms de Marine, Laura, Camille, Ghislou, Marie et Véra et au fil des pages, l’auteur portait un regard sur la vie, la société et l’enseignement, passés comme de cette époque...Constats non figés et ouverts au dialogue entre personnes, car l’auteur ne prétend pas posséder de vérité unique. Nous sommes tous des êtres différents, dont certains campent sur leurs positions, d’autres défendent avec bec et ongles leurs convictions et d’autres encore évoluent. Il ne faut cependant y voir avant tout que de courtes histoires contenant un certain suspense et où la fin est laissée à l’imagination du lecteur. Chacune a sa tonalité !
Marine
La petite bonne franchit sans hâte les marches du château.
L’urgence alimentaire la contraignait à cet emploi d’interne C’est le coeur lourd qu’elle s’y résolvait.
Le parc, pourtant, était de toute beauté et la perspective de travailler dans un tel cadre aurait dû la ravir, elle qui aimait tellement la nature. Mais l’édifice trahissait de multiples façons que les propriétaires étaient soit négligents, soit désargentés.
Elle se résolut enfin à avertir de sa présence en tirant la tige de fer disposée le long de la porte. Personne ne pouvait ignorer le son puissant de la cloche, car le château, s’il ne manquait pas de caractère, n’était pas très grand.
Laura
Laura était songeuse dans sa cuisine.
Elle pensait aux dîners chez Grand-mère.
Lorsqu’elle avait seize ans, Grand-mère la recevait parfois pour la journée le dimanche, quand elle était interne.
Dans la salle à manger de la petite maison ouvrière s’accumulaient les meubles : deux buffets, dont l’un supportait une ancienne radio, un meuble plus petit où trônait la télévision, un poêle à charbon, un divan, une table et six chaises : cela rendait la circulation difficile, mais avait l’avantage de l’intimité.
Derrière une double porte vitrée de petits carreaux opaques au-dessus de panneaux de bois à hauteur du genou, le salon ne livrait que rarement son mystère. Il était tout aussi encombré : un divan et deux fauteuils assortis autour d’une petite table ronde devant un vieux piano droit qui servait à Grand-père à apprendre le piano.
Camille
L’enfance est l’innocence, un cadeau de la vie. Et sur tous les berceaux, les regards attendris se penchent, tantôt lucidement, tantôt en bêtifiant.
Les parents de Camille n’avaient pas failli à la coutume.
Elle avait quitté son berceau et était une enfant douce, calme, obéissante, toujours soucieuse de plaire à Papa et Maman. Ses souvenirs remontaient à l’école maternelle et à son petit ami Luc. Elle se rappelait notamment une procession où il la suivait alors qu’elle représentait le petit Jésus, dans une longue robe rose, tenant dans sa main une boule dorée surmontée d’une croix.
L’institutrice devait être moderne, car Camille n’avait plus jamais vu de petit Jésus féminin.
Elle ne se souvenait pas, en revanche, de l’aile habitable du château désaffecté dans lequel elle était née. Seule la maison de Roux restait dans son esprit avec ses lapins et ses poules. Elle en avait même vu courir une, décapitée, dans le jardin et cela l’avait marquée à cet âge.
Ghislou
Homme de ma pensée,
Le souvenir de tes yeux m’emporte à l’orée du désir. Dans la forêt touffue de mes sentiments compliqués, ma main dans la tienne brûlante raconte à mes épaules qu’il serait doux de nicher dans tes bras. Ta chair ferme et dodue tenterait mon toucher, mais tu n’inscriras pas mon prénom dans l’agenda des femmes de tes nuits. Entre plutôt dans le cercle de mes attirances platoniques. Notre complicité pourra s’y reposer.
Marie...
Véra...