La Jumelle

 

Format : 152 pages
Dimensions : 21 x 16 x 1,2
Date de parution : 03/11/2004
ISBN : 978-2-9532-1683-7

Editeur : Auto-Edition
Catégorie : Contemporain
de Marie-Claude Marty

Ce livre est construit comme un roman policier, il se veut être un polar, mais ce n’en est pas vraiment un, car une fois encore, Marie-Claude Marty a écrit avec son coeur, oubliant très vite, trop vite sans doute, qu’un polar doit être noir. Or, ce qui transparaît ici avant tout, c’est la vie, l’histoire ! L’Amour !

Ce roman n’en reste pas moins une fiction captivante et le contraste qui se dégage entre la vivacité du récit et la volonté de l’auteur de créer un suspense dans ce roman historique, procure à l’ouvrage un côté original assez agréable lire. Par leur côté émotif et affectif ou vulnérable, les personnages dévoilent une volonté quasi mélancolique de la part de l’auteur à propager le bonheur de ses héros bien au-delà de l’intrigue.



Extrait 1

Sa valise à la main, la tête dans les épaules, Daniel essaya d’échapper au déluge et couru pour mieux se mettre à l’abri, mais sa cinquantaine sonnante le fit trébucher et il s’affala dans une flaque d’eau en jurant sourdement comme un charretier. Il se releva, vexé comme un pou.

Un instant plus tard, dégoulinant de la tête aux pieds, il entra dans le bar "Café de la Gare" dont il avait longtemps gardé l’image en lui, sans jamais en avoir encore osé franchir le seuil depuis son retour à Pont du Val. Derrière le comptoir, le patron laissa tomber un regard lourd de reproches sur la flaque d’eau qui se formait à ses pieds, tandis que sans façon, il s’ébrouait tel un jeune chien.

Daniel vit le regard du cafetier.
- Oh, excusez-moi, mais quel sale temps ! Je croyais arriver avant l’orage et voilà. ajouta-t-il d’un air faussement contrit..


Extrait 2

Pourtant un soir, alors que Sophie venait d’avoir seize ans, après avoir pleuré sans raison apparente dans le silence de leur chambre commune, Nicole s’était laissée aller à parler :

- Sophie, j’ai eu un bébé !
- Sophie, mon bébé est mort ! C’était un bébé mort-né.
- Sophie, je ne sais même pas si c’était une petite fille. ou un petit garçon. et je ne sais même pas ce qu’ils en ont fait !

Cette révélation avait laissé Sophie sans voix, inconsciente de la situation et loin de penser au drame qu’avait vécue sa grande sour. Puis se ressaisissant, elle avait répondu, elle-même en pleurs :
- Mais le père ? Le papa ?
- Daniel !

Puis ajoutant :
- Je ne sais même pas s’il est encore en vie ou s’il n’a pas été tué en Algérie !. et s’il est vivant, ce qu’il est devenu et surtout ce qu’il a dû penser de moi, de mon silence, de mon abandon !
- Mais tu ne pouvais pas lui écrire ?

Nicole avait alors laissé couler un rire sarcastique.
- Où j’étais, je ne pouvais pas sortir ou seulement accompagnée, mes moindres gestes surveillés, j’étais tenue à une fouille régulière de ma chambre, de mes affaires personnelles et de moi-même, et tout moyen de communication m’était interdit ! Une vraie prison !
- Où étais-tu ? Les parents me répondaient que tu étais partie en Suisse.
- J’étais bien en Suisse. mais dans un couvent ! Maintenant, arrêtons de parler de ça, veux-tu ?

Pour ce soir-là, la jeune Sophie n’avait pas insisté, comprenant combien toute la douleur que ces quelques confidences, venues d’un trop plein de solitude et d’un drame vécu, ravageaient sa sour. Qu’elle n’en dirait pas plus pour l’instant, trop conditionnée par leurs parents !

Au bout d’un moment, Nicole avait redit :
- Je les hais ! Oh si tu savais combien je les hais ! Mon bébé ! Mon bébé que je sentais bouger en moi, mon bébé, un petit bout de moi et de Daniel ! Mais qu’en ont-ils fait ? Même mort ?!


Extrait 3

Tous deux s’assirent sur le canapé en cuir grenat où Véronique avait déjà posé sur la petite table basse vitrée, amuse gueule, verres et bouteilles. Tous deux savaient fort bien pourquoi ils étaient là alors que la pensée de Sophie ne les effleurait même pas, et aucun n’avait prononcé son nom comme s’ils se sentaient coupable de l’attirance physique qui les poussaient maintenant l’un vers l’autre.

Cuisse contre cuisse alors que sa bouche allait chercher celle de la jeune femme et qu’il lui caressait les seins à travers le tissu, Daniel sentait le désir monter en lui comme une tornade. Elle ne semblait pas s’en plaindre non plus et déjà jetait au loin corsage et short pour n’apparaître qu’en sous-vêtements. Puis elle posa la main sur la braguette de Daniel, et rit devant le résultat :
- Allez viens, dit-elle en lui déboutonnant sa chemise puis son pantalon, enlève-moi ça ! On sera mieux.

Il ne se le fit pas dire deux fois et se déshabilla, puis balança ses vêtements sur le fauteuil. Le divan contesta devant le poids de leurs deux corps qui s’allongeaient alors que Daniel, le visage rouge et le regard fiévreux, le souffle court et la main baladeuse n’était plus qu’à son délire.

Mais soudain, Véronique se redressa d’un coup !
- Maman, qu’est-ce que tu fais là ?!

Sophie se tenait pâle et raide sur le seuil de la porte-fenêtre, entre l’entrebâillement des deux voilages. Daniel se redressa d’un coup, désir échappé, surpris, gêné et surtout honteux d’avoir été pris en flagrant délit ! Gauchement, il essaya d’enfiler son pantalon, dû s’y reprendre à deux fois, alors que Véronique, maintenant furieuse, s’avançait en petite tenue vers sa mère.
- Mais qu’est-ce que tu fous là, maman ! Par où es-tu passée ? Ah, tu t’es faufilée contre le mur au risque d’écraser mes fleurs !
- Tu n’es qu’une...
- Maman ! Je suis majeure et je couche avec qui je veux ! D’ailleurs ne m’as-tu pas dit une fois qu’il faisait un peu partie de la famille puisqu’il avait connu aussi tante Nicole !

Sophie chancela légèrement sur ses jambes, ferma les yeux, respira, ouvrit la bouche et lâcha d’une traite :
- Arrête de m’appeler maman ! Je ne suis pas ta mère !

Véronique la regarda estomaquée.
- Ah oui, et qui est alors ma mère ?
- Nicole ! C’était ma sour Nicole !
- Ma tante Nicole ? Ma mère ?

Les deux femmes se faisaient face maintenant, l’une, le visage crispé et le regard flamboyant de colère, l’autre, bouche ouverte de surprise et complètement abasourdie.

Daniel qui avait fini de se rhabiller et se tenait gauchement au milieu de la pièce n’eut pas le temps d’intervenir que déjà Véronique éclatait en sanglots et s’enfuyait dans sa chambre, faisant claquer la porte derrière elle, alors que Sophie s’en allait, se tortillant pour passer entre le mur et le piquet qui tenait le grillage d’un côté.
- Mais Sophie, attendez ! Ce n’est pas ce que vous croyez !

Elle se retourna le visage en larmes avant de disparaître à l’angle du mur et lança hors d’elle :
- Ah oui ! Et comment vous appelez ça ? Moi, de la baise !
- Sophie, laissez-moi vous expliquez.


Extrait 4

- Tu te rappelles ce que je t’ai dévoilé, quelque temps avant mon accident, sur la grossesse de ma sour Nicole et la réaction vive de nos parents ?

Sophie s’était arrêté de parler et le fixait. Ce dernier troublé sans savoir pourquoi, hocha la tête et tendit la main vers le paquet de cigarettes, en alluma encore une et la tendit à la jeune femme, puis en sortit une autre pour lui. La fumée envahissait la pièce et Sophie se leva pour ouvrir un peu la fenêtre, puis se rassit.
- C’était des jumeaux dont seule une petite fille a survécu, ma fille, ou si tu veux, ma nièce Véronique, tu t’en souviens.
- Des jumeaux ? Véronique a un ou une sour ?
- Oui, avait..
- Et tu m’as répondu que tu connaissais le père ! ajouta Daniel, se demandant où elle voulait en venir.

Puis voyant que la jeune femme ne poursuivait pas :
- Et alors ?
- Quoi, et alors ?
- Alors puisque tu connais le père, qui est le père !

Sophie, ne pouvant rester en place, se leva à nouveau, regarda par la fenêtre, se resservit un peu de Madère, alla remettre des cacahouètes dans la coupelle posée sur la petite table devant eux, et toujours debout, face à Daniel, lâcha :
- Le père. c’est toi !