Présentation du Livre :
Quel amour ! On ne voit cela que dans les films, me suis-je toujours dit. Jamais je n’aurais cru possible qu’une femme puisse aimer un homme à ce point, envers et contre tout, corps et âme livrés à lui comme une mère à son enfant !
Souvent au bord de la rupture, mais toujours présente, Marie-Claude, dite Coco depuis son plus jeune âge, assume longtemps seule, son monde, sa famille son univers et le reste, soutenant à bout de bras ou sur ses frêles épaules, toutes les difficultés d’un homme, de la vie et de son ventre trop souvent rond.
Et le destin qui s’en mêle, qui ne lui est point favorable, la prive de famille, s’acharne et se meut en chambardements du diable ! Tout au long du livre, on se dit que cela va s’arrêter, que la roue va tourner... qu’elle doit tourner ! Qu’elle a tourné !... même pas, c’est de mal en pis, même quand on est persuadé qu’enfin le bonheur a frappé à sa porte...
Comment peut-on, après avoir lu ce récit, ne pas invectiver Dieu en personne pour tenter de lui faire comprendre qu’il a fait une monumentale erreur en s’acharnant ainsi sur ce petit être d’apparence fragile ! Comment ne pas tomber en extase devant ce petit bout de femme si pleine d’énergie et de bonté ! Comment, tout simplement, ne pas se mettre à pleurer avec elle pour lui soulager un cœur gros comme ça !...
Cette histoire est douloureuse, pourtant, elle devait être racontée ; et toute personne qui l’aura lue aura l’indéniable impression de faire un peu partie de la famille, de l’intimité de Coco ; et croyez-moi, c’est un honneur !
C’est la vie de Willy, vu par le cœur de Coco...
Joseph Ouaknine
J’ai lu "Toujours et jamais", le tome N° 1 d’une trilogie de Marie-Claude Marty. Quoi dire de ce livre ? C’est un hymne à l’amour d’une femme pour son compagnon Willy. Ce mari, amant, confident, idole. Il est tout cela à la fois.
Marie -Claude nous fait entrer dans son intimité avec une incroyable facilité.
Nous sommes vite épris de sa famille et en particulier de Willy son Para de mari qui ne semble pas avoir la baraka, le moins que l’on puisse dire.
Vous vivrez au fil des pages de ce magnifique ouvrage, la découverte bouleversante de cette incantation à l’amour, pure et sincère, comme il en existe peu de nos jours.
Ce livre m’a particulièrement ému, moi l’ancien d’Algérie. En la présence de Willy, j’ai retrouvé un nouveau compagnon d’AFN.
Merci Marie-Claude pour cet ouvrage !
Francis Mauro, auteur (sociétaire des écrivains combattants)
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Sommaire : Chapitre 1er, p1 Chapitre 16, p2 Chapitre 17, p3 Fin du 1er tome, p4
Chapitre 1er
Lorsque Willy naît en 1937, dans ce petit village de Pithiviers, il fait très froid en cette fin d’année. Nous sommes à la veille de la guerre meurtrière qui va anéantir tant d’êtres humains et laisser à tout jamais ce goût amer de désolation et de souffrances, et marquer certains d’entre eux, d’un destin implacable et cruel.
Sans le savoir, ce bébé-là, avant dernier d’une famille de sept personnes, était de ceux-là. Les gens sont assez snobs dans cette région du Loiret et Alphonse Marty doit faire avec, peinant pour subvenir aux besoins d’Andréa, son épouse, et de Wilson, Roselyne et Maryse, ses enfants. Il en a déjà perdu deux, aussi lorsque le petit Willy voit le jour, le 9 décembre 1937, prend-t-il cela comme une bénédiction du ciel.
Les années 40. La guerre bat son plein. La plupart des hommes sont au front, d’autres sont revenus meurtris. L’ennemi envahit tout. La vie est rude.
Alphonse est garde forestier, il a repris son travail qu’il aime tant, et les forêts des alentours d’Orléans n’ont plus de secrets pour lui. A mesure que le petit Willy grandit, il l’initie peu à peu au mystère des bois, des êtres qui les habitent, lui donnant, et partageant avec lui, cet amour de la nature qui est toute sa vie.
Dès cinq ans, Willy sait déjà poser un collet, reconnaître la trace d’un lièvre, et vadrouille du matin au soir avec son père, tandis que dans la cabane en planches construites des propres mains d’Alphonse, Andréa s’occupe du petit dernier, Wellington, laissant le soin de l’entretien de la maisonnée à Roselyne et Maryse ; Wilson ayant déjà quitté le nid pour vivre sa propre vie.
Willy est heureux. Il va à l’école quand bon lui chante. Sa mère l’emmène souvent à Pithiviers, ou plutôt le traîne, car il préfère rester avec son père. Heureusement qu’il y a sa marraine qui lui fait de si bons pains d’épices ! Et puis, il a la tendresse de ses deux soeurs, surtout Roselyne, qui du haut de ses seize ans, est déjà une maman pour lui. Ce n’est pas qu’il manque d’affection de la part de sa mère mais, frivole, Andréa trouve trop souvent matière à s’amuser, au grand désespoir de son mari. Bref, il est comme beaucoup d’enfants de son âge insouciant et heureux de vivre. Il a un père, une mère, des frères et des soeurs et l’atmosphère familiale est souvent envahie par la bonne odeur du garenne qui mijote sur le feu de bois.
Willy ne demande qu’à grandir et sourire à la vie. Jusqu’au jour où le destin cruel vint frapper à la porte. Cela aurait pu être un beau jour d’été. Willy a sept ans. Il ignore tout des malheurs et des contraintes de la guerre qui sévit alors. Le monde des adultes n’est pas le sien. La journée s’est déroulée sans accroc particulier. A l’horizon le soleil commence doucement à décliner, et la forêt se prépare pour la nuit. Dans la cabane en bois Andréa cuisine le repas aidé des deux filles, tandis qu’Alphonse fume une dernière pipe avant de manger. Wellington joue à terre sur une couverture, Willy, le nez collé aux vitres, observe la forêt.
A table, dit Andréa.
Le dîner est frugal mais bon. Chez les Marty, malgré la guerre, et grâce à Alphonse, il y a toujours un petit plus. Le braconnage est interdit, mais il n’y a qu’à pas se faire prendre. Et puis c’est la guerre, et les gens ont autre chose à penser. Et la forêt est si riche.
Willy, tu viens t’asseoir, insiste son père.
Willy obéit à contre coeur. Tout à l’heure, en scrutant au loin les bois un léger malaise l’a envahi. Oubliant cette impression fugace, et taquinant Maryse au passage, il s’assied sur le banc de bois. La table, le banc, le placard où Andréa range leurs maigres ustensiles de cuisine, tout a été fabriqué par Alphonse. Il est habile de ses mains. Et du bois, il y en a. La forêt les chauffe, les nourrit. Pourtant Alphonse ne se doute pas, ce soir là que le malheur viendra de cette forêt qu’il aime tant, et dont déjà Willy partage cet amour.
Là-bas, derrière les arbres, des ombres se faufilent. Quelques branches craquent, mais nul n’y prête attention, les bois sont si vivants qu’un silence total serait plutôt inquiétants. Six hommes avancent à pas de loup vers la maison d’Alphonse. L’un d’eux, qui doit être leur chef, fait signe aux cinq autres de se répartir autour de la cabane.Ils savent qu’il est là, lui, Alphonse, avec sa femme et leurs enfants. Leurs quatre enfants. Mais c’est la guerre. Et les gens sont fous. Marty dérange avec ses idées et fait des jaloux. En cette période, au nom de cette sacrée guerre, tout est permis, même les coups les plus bas. Pourtant Alphonse est un bon français, il a fait la guerre, est revenu après son temps passé, et a même été décoré. Mais certaines gens sont méchantes et riches, malgré la guerre. Le marché noir profite toujours à quelqu’un. Et plus ils sont riches, plus ils sont méchants. Certains de la région ont trop de choses à cacher. Et Alphonse sait. Il est trop intègre et avec son franc parler n’a pas peur de dire ce qu’il pense. En outre maintenant qu’il est garde forestier, il côtoie beaucoup de monde. Trop de monde. Il devient gênant.
Les hommes ont pris position en silence, ils échangent un regard.
L’un s’avance d’un pas.
Marty ! Sort immédiatement, où je t’abats ainsi que ta famille !
La voix, tonitruante a pénétré parmi les interstices des rondins, figeant toute la famille. Alphonse est devenu pâle.
Les salauds ! Siffle-t-il entre ses dents, ils ne m’empêcheront pas de parler.
Andréa a peur. Willy s’est rapproché de son père. Le petit Wellington pleure à terre ; Andréa le prend et le pose dans son lit où il continue à pleurer. Roselyne et Maryse se tiennent la main .Pâles et tremblantes.
Allez, Marty, sors où on vient te chercher !
Alphonse hésite. Mais non, jamais ils n’oseront tirer. Ils savent bien qu’il y a des enfants. D’ailleurs, les pleurs de Wellington ont redoublé, ils l’entendent !Ils ne peuvent pas faire ça ; ils ont le pouvoir, mais ils ont une famille ! Ils ont un coeur !
Mais la guerre permet tout. Alphonse pâlit. Il a entendu plusieurs légers déclics métalliques. Alphonse sait. Les hommes se préparent à tirer. Ils vont tirer.
Trop tard !
Plusieurs rafales aspergent la maison. Alphonse, abasourdi, voit Roselyne s’écrouler sans un mot. Andréa hurle et les pleurs du bébé se sont tus.
Ne tirez plus ! Arrive-t-il à dire, je viens, bande de salauds.
Allez sors. De toute façon, on aura ta peau ! Dépêche-toi, sinon on bousille tout !
Alphonse n’est pas blessé, il doit sortir s’il veut protéger sa famille. Il les sait impitoyables et prêts à tout pour continuer leurs magouilles en toute impunité. C’est la guerre. Tout est permis. Et tous payent. Les bons et les méchants. Surtout les bons.
A peine a-t-il ouvert la porte qu’il est entouré, saisi aux coudes, poussé par derrière, un canon braqué sur lui.
Ma famille......
T’occupe ! Avance.
Alphonse et les six hommes s’enfoncent dans la forêt. Andréa et la petite Maryse ne sont pas blessées. Hagard, Andréa sort et se précipite sur la route. A l’intérieur, Roselyne gît dans une mare de sang, se tenant le ventre. Elle gémit doucement tandis que des larmes ruissellent sur ses joues déjà exsangues. Le bébé aussi est blessé, inconscient, ses petits draps tâchés de sang, il est là, attendant la mort. Il a neuf mois.
Willy ne s’est pas aperçu du sang qui coulait de sa jambe. Il hurle après son père qui peu à peu disparaît au loin, toujours entouré, toujours bousculé par ces hommes. Willy ne comprend pas. Il a sept ans, et voilà que son univers vient de basculer. Déjà une épaisse fumée envahit l’unique pièce de la cabane.
Personne ne s’est rendu compte, dans la fusillade que l’un des hommes avait mis le feu à l’arrière. Bientôt tout sera brasier, et Roselyne et Wellington sont encore à l’intérieur.
Willy pleure. Sa jambe le fait énormément souffrir, là où une balle l’a frappé, comme une a blessé Roselyne au ventre, et Wellington au poumon. Des innocents sont entrain de payer de leur vie, de leur destin.
Il ne sait que faire ; la fumée le fait tousser, il se traîne malgré la blessure de sa jambe, essaie de tirer à l’extérieur le lit de son petit frère. Roselyne le regarde semblant l’encourager, mais elle a trop mal pour pouvoir parler. Mais grand dieu, où est donc leur mère. Dans un coin, prostrée, Maryse pleure.
Au loin une sirène retentit et bientôt, au bout du sentier apparaît les pompiers et une ambulance, gyrophare tournoyant.
Vite ! dit Willy aux hommes qui en descendent, montrant l’incendie.
Ce n’est bientôt qu’un déploiement de jambes qui courent dans tous les sens, de cris, d’ordres donnés, d’appels. la fumée a tout recouvert et des flammèches commencent à lécher le mur du fond. Les infirmiers sortent à la hâte Roselyne et Wellington. Willy suit les opérations sans un mot. Hébété. Son père a disparu, emmené par des hommes armés. Et sa mère ? Il ne sait où elle est !
La clairière pullule de voitures et de gendarmes qui parlent entre eux et les regardent, lui et Maryse, puis laissent leur regard errer au fond des bois.
Ils savent. Ils ont compris. Mais ils ne feront rien. Ne diront rien. C’est la guerre. Deux ambulances partent très vite, emmenant sa soeur et son frère. Willy ne sait pas encore qu’ils vont mourir. Qu’il ne les reverra plus. Ni eux. Ni son père. Ni même sa mère. Si, elle, vingt ans plus tard.
Allez, bonhomme, on y va.......
Willy tourne ses grands yeux noirs vers la dame qui lui parle.
Où, dit-il.
Viens avec ta soeur Maryse, on va d’abord vous emmener à l’hôpital, puis on s’occupera de vous.
Sans un mot, Willy monte au côté de Maryse dans la voiture noire. Le cercle de l’assistance publique vient de se refermer sur eux, tandis que leur maison n’est maintenant plus qu’un brasier.
Quelque temps plus tard, Alphonse Marty est retrouvé mort, une balle tirée à bout portant dans la tête. Dans cette forêt qu’il avait tant aimée. Des inconnus l’enterrèrent sommairement parmi les aiguilles de pin, marquant sa tombe d’une simple pierre et d’une croix en bois.
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