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Littérature - Livre - Tranches Chevalières - Tome II


Tranches chevalières - Tome I

de Marie Chevalier

Editeur : Editions Joseph Ouaknine
Catégorie : Nouvelle
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Format : 200 pages
Dimensions (cm) : 21 x 16 x 1,2
Date de parution : 01/01/2006
ISBN : 2-916090-13-4


Les livres de Marie Chevalier :
  • Sainte Marguerite et les autres
  • Incertitudes
  • Encore des mots
  • Pure imagination
  • Envies et regrets

    Dans la même rubrique :
  • Sainte Marguerite et les autres
  • Radioscopies
  • Petite chronique du bémol
  • D’ici et au-delà
  • Mon mari a disparu...
  • Biographie de Marie Chevalier :

    Je suis une femme de soixante et quelques années et suis en retraite. J’étais employée de banque et je dois avouer que dès que j’ai pu et que j’ai eu du temps libre, je me suis (...) (En savoir plus...)


    Présentation du Livre :

    Ce sont des nouvelles prise au hasard de mon imagination et je pense qu’aucune ne peut se relier à l’autre. Les thèmes sont variés et traitent aussi bien de sentiments très divers que de l’étrange. J’aime cette façon d’écrire qui est plus rapide qu’un roman mais qui demande quand même une cohésion dans le texte.

    Certains diront c’est plus facile, l’histoire étant courte, moi je dirais : c’est différent.

    Joseph Ouaknine en a fait deux tomes l’un avec 36 nouvelles et 200 pages l’autre avec 25 et 164 pages.




    Sommaire :
    Mauvais Destin, p1
    La colonne, p2

    Mauvais Destin

    Le visage défait, les yeux cernés, le regard éteint, Manu est assis à la terrasse d’un café et regarde fixement une mouette qui se bat avec un énorme morceau de pain.

    Il est très grand, un mètre quatre vingt sept environ, et ses deux jambes sont allongées sous la table. Ses longues mains pétrissent, chiffonnent puis déplient sans fin un morceau de papier.

    Il l’a sorti de sa poche tout à l’heure, l’a lu, relu une dizaine de fois puis les larmes aux yeux, l’a froissé et jeté par terre. La mouette est immédiatement venue vers lui. Rageusement, il l’a chassée d’un coup de pied et a ramassé, défroissé et relu pour la énième fois ce bout de papier.

    Il fait très chaud mais il ne sent pas les rayons de soleil sur sa nuque. Il fait du vent, mais rien ne peut le rafraîchir. Il transpire et avec l’avant-bras s’essuie plusieurs fois le visage, c’est tout.

    Il est tout à sa douleur. Au fur et à mesure que les minutes passent, il s’enfonce dans son siège, se tasse et tient le verre de bière qu’il vient de commander. Ses doigts qu’il a longs et fins l’entourent et sans se rendre compte, il serre de plus en plus fort jusqu’à ce que ce verre éclate en morceaux, laissant la bière se déverser sur la table et sur son pantalon. Alors seulement, il sursaute, comme si ce n’était pas lui qui était concerné, comme si quelqu’un d’autre l’avait dérangé dans sa rêverie. Il regarde, absent, le garçon de café accouru vers sa table et l’entend lui dire :

    « Ce n’est rien Monsieur, mais votre main, faites attention, vous saignez... venez, on va vous soigner cela... »

    Il se laisse emmener dans l’arrière-boutique du café sans avoir oublié en se levant de prendre le papier froissé et de le mettre dans sa poche.

    Quand il ressort, sa main est bandée et son visage un peu moins figé. Il se rassoit et commence à boire doucement la nouvelle bière que lui a offerte le patron du café « pour lui faire oublier ses soucis.. »

    Mais comment pourrait-il oublier ? Comment va-t-il vivre maintenant ?

    Il n’en peut plus, se lève se déplie plus précisément, passe sa main valide dans ses cheveux, remet son casque de moto, ajuste son blouson, enfile ses gants en faisant attention au pansement. Il est tout de cuir vêtu : « une vraie tenue de motard.. » dit toujours sa femme. D’ailleurs quand il enfourche son engin, bleu et rouge, rutilant, elle l’accompagne toujours jusqu’à la grille et après l’avoir embrassé tendrement, donne un petit coup sur son casque et lui dit invariablement :

    « Sois prudent mon amour pense à nous... »

    « Je suis prudent, toujours prudent ! lui répond-il dans un rire joyeux je t’aime trop pour faire l’imbécile... »

    Aujourd’hui, en sortant de la terrasse du café, il se dirige vers sa moto, machinalement l’enfourche, démarre bruyamment, et tout de suite augmente sa vitesse . Il roule comme un fou, de plus en plus vite, il ne pense plus à rien qu’à mettre des kilomètres entre lui et sa douleur. Il veut la laisser à la terrasse de ce café, il veut l’oublier sa douleur. Il fonce, il double de plus en plus dangereusement les voitures, les camions. Il ne s’appartient plus, c’est sa moto qui l’emmène. Puis soudain, pendant qu’il roule à fond sur la gauche de la chaussée, il dérape, perd le contrôle, tombe et continue à être entraîné plus loin encore plus loin sur la route, jusqu’à cesser sa course dans un camion qui arrive en face et essaie de freiner désespérément pour l’éviter.

    Les secours arrivent très vite, le chauffeur du camion est complètement hébété et ne cesse de répéter :

    « J’ai tout fait, j’ai freiné mais je n’ai pas pu l’éviter... »

    Manu gît sous la moto. Il respire encore mais il succombe dès son arrivée à l’hôpital malgré la rapidité de leur intervention.

    Les médecins et infirmières cherchent dans ses vêtements, son portefeuille, du moins l’adresse de quelqu’un à prévenir. Ils trouvent ce papier froissé, ils le défroissent et le lisent. Il s’agit d’un télégramme de sa femme :

    « Je te quitte mais ne te fais pas de soucis pour moi, j’emmène notre fils, et toi tu gardes ta moto, puisqu’elle compte autant que moi dans ta vie. Je te souhaite beaucoup de bonheur. Ne nous cherche pas. Nous partons très loin, très très loin, là où tu ne pourras pas nous rejoindre... »

    « Laconique ce mot, n’est ce pas... » commente le médecin

    « C’est sûrement pour cela qu’il roulait si vite, il voulait la rattraper, il devait savoir où elle allait... » renchérit une infirmière.

    Le lendemain, au même hôpital, une ambulance amenait une jeune femme et un petit garçon dans un état désespéré. Malgré tous les soins intensifs qui leur furent prodigués ils moururent dans l’heure qui suivit leur admission.

    Le médecin expliqua :

    « La jeune femme a pris et a fait prendre à son fils une dose mortelle de médicaments. Elle a laissé un mot que nous avons retrouvé dans ses affaires expliquant son geste. Elle était très malade, le savait depuis quelques semaines mais n’avait rien dit à son mari. Elle voulait quitter cette vie proprement comme lorsque l’on va faire un voyage. En ne lui donnant pas la vraie cause de son départ, elle pensait qu’il pourrait se remettre plus facilement. Elle voulait qu’il la sache en vie avec son fils quelque part... »

    Quand les infirmières cherchèrent leur identité, elles s’aperçurent qu’il s’agissait de la femme et du fils « du motard » mort hier d’un accident dû à la vitesse...

    Sur son papier froissé, sa femme lui disait qu’elle partait là où il ne pourrait jamais la rejoindre, et pourtant...

    Il l’a retrouvée...

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