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Sans zone
Richard sortit de chez lui au petit matin comme d’habitude et releva le col de son blouson ; il faisait un froid à vous glacer le sang, ils l’avaient annoncé à la météo hier soir mais quand même moins sept, ça ils ne l’avaient pas prévu. Il mit les mains dans ses poches et en essayant de ne pas respirer la bouche ouverte, il marchait d’un pas rapide en baissant la tête, vers l’arrêt du bus 200 qui passait près de chez lui. Il lui fallait une dizaine de minutes ce qui en temps normal lui faisait le plus grand bien et terminait de le réveiller, mais qui, ce matin- là en l’occurrence, le tétanisait de froid.
En avançant de plus en plus vite, il sortit son mouchoir et s’essuya le nez en reniflant, et enfin parvint à l’arrêt du bus. Il était seul, il faut dire qu’à quatre heures du matin, peu de gens partaient travailler si tôt. Il fallait avoir un boulot à la con comme le sien se plaisait-il à répéter pour aller se cailler dehors si tôt !
Richard était pourtant employé dans une grande entreprise d’assurances. Mais, le hic, n’était ni comptable ni commercial, ni vendeur mais simplement homme de ménage. Et forcément, ses horaires n’étaient pas ceux des bureaux. Il fallait bien que tout soit propre quand ils arrivaient les hommes en cravate ricanait-il ! lui qui n’en portait jamais que pour les enterrements et encore !
Richard s’assit sur le petit banc sous l’abribus, et se releva immédiatement en jurant : c’était gelé et glacé en plus, genre verglas. Il resta donc debout appuyé à la vitre toute décorée de graffitis plus ou moins de bon goût, mais il avait l’habitude et ce n’est pas deux gros mots qui allaient le perturber !
Il venait d’avoir quarante cinq ans et on pouvait dire qu’il était bel homme. De taille moyenne, un peu grisonnant, ni gros ni maigre, mais un physique très agréable et surtout un sourire dont il savait se servir surtout quand le chauffeur de bus était une femme. Il adorait faire un brin de causette, leur faire des compliments sur leur coiffure, sur leur costume qui leur allait bien, etc... bref aucun souci avec lui c’était ce que l’on peut dire un homme cool, bien dans sa tête et équilibré.
Quand il s’était marié, il avait enfin réussi au bout de trois ans à décider son épouse un peu réticente à venir s’installer en grande banlieue en jouant de tous les arguments types ! la verdure, l’air moins pollué, les déjeuners et dîners sur la terrasse quand il faisait beau, les enfants qui pourraient se vautrer dans le jardin et aussi la qualité de vie au calme des résidences identiques à la leur dans ces pavillons si communs autour de la capitale.
Ils y étaient heureux, Nathalie ne travaillait pas, s’occupait de leur maison, de leurs enfants qui étaient grands maintenant mais comme elle disait très souvent : c’est presque plus d’entretien que lorsqu’ils étaient petits ! elle n’arrêtait pas entre le ménage, les lessives et surtout la cuisine. L’après midi, dès le printemps, elle s’installait dans sa chaise longue et essayait de se décontracter en lisant un peu, en faisant des mots croisés et l’hiver regardait la télé ou tricotait. Une vie douce et sereine avec des enfants et un mari adorable.
Parfois, elle se disait que vraiment elle avait de la chance car son mari était un homme bien, si ce n’est que parfois, elle le trouvait un peu énervé, agacé, mais il était tellement las avec ses horaires, qu’elle le comprenait très bien.
Cela l’avait un peu angoissée lorsqu’il avait trouvé ce travail d’homme de ménage. Cela était arrivé à la suite d’un licenciement collectif dans une maison de transformations plastiques, mais en y réfléchissant bien, ils avaient pesé le pour et le contre et finalement, elle était à la maison, et lui, ramenait une bonne paie en fonction des heures supplémentaires qu’il n’hésitait pas à faire.
Il commençait à avoir froid aux doigts et aux pieds quand l’autobus arriva enfin. C’était une jeune femme qui le conduisait. Il n’y avait personne à l’intérieur car il sortait directement du dépôt à cinq cent mêtres environ du premier arrêt.
Il monta en s’ébrouant et en souriant à la conductrice qui lui rendit son sourire :
Toujours aussi matinal Richard ?
Et oui Juliette, que veux- tu le boulot m’attend !
Ils sourirent ils se connaissaient bien maintenant cela faisait trois ans qu’ils faisaient la route ensemble au moins trois fois par semaine.
Il y a beaucoup de brouillard ce matin je trouve ?
Oui en effet et il est tombé d’un seul coup, ils ne l’ont pas dit à la radio ?
Non mais tu sais ça change souvent le temps, dit-elle en éclatant de rire, t’inquiète on va bien réussir à garder la route !
Ils se turent quelques instants, et tout à coup elle donna un violent coup de freins qui le déséquilibra et le fit tomber assis sur un strapontin.
Que se passe-t-il ?
Rien de grave un contrôleur ! si je ne le prends pas il va faire un rapport !!
Quel con de se promener de si bon matin alors qu’il pourrait rester au chaud, je te jure il y en a qui font du zèle pas croyable !
La porte s’ouvrit avec un chuintement, et en effet un homme d’une trentaine d’année entra.
Il se dirigea vers Richard et en touchant du bout des doigts sa casquette lui demanda son titre de transports.
Bien sûr, attendez deux minutes et fièrement il lui mit sous le nez sa carte rouge.
Et c’est là que le cauchemar commença...
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