Littérature - Livre - Tranches  chevalières - Tome I
Littérature - Livre - Vie et Espoir - Toujours et Jamais Tome I


Tranches Chevalières - Tome II

de Marie Chevalier

Editeur : Editions Joseph Ouaknine
Catégorie : Nouvelle
Où trouver cet Ouvrage ?

Format : 164 pages
Dimensions (cm) : 21 x 16 x 1
Date de parution : 01/01/2001
ISBN : 2-916090-60-6


Les livres de Marie Chevalier :
  • Sainte Marguerite et les autres
  • Incertitudes
  • Encore des mots
  • Pure imagination
  • Envies et regrets

    Dans la même rubrique :
  • Sainte Marguerite et les autres
  • Radioscopies
  • Petite chronique du bémol
  • D’ici et au-delà
  • Mon mari a disparu...
  • Biographie de Marie Chevalier :

    Je suis une femme de soixante et quelques années et suis en retraite. J’étais employée de banque et je dois avouer que dès que j’ai pu et que j’ai eu du temps libre, je me suis (...) (En savoir plus...)


    Présentation du Livre :

    Des nouvelles acidulées comme l’auteur sait si bien dépeindre, puisant ses sources dans la vie de tous les jours.



    Sommaire :
    Trahison, p1
    Sans zone, p2

    Trahison

    Elle vivait seule avec sa mère depuis son divorce et à force de concessions réciproques leur vie à deux ne se passait pas trop mal. Chacune gardait son indépendance. Il faut dire qua sa mère était plus active qu’elle et plus volontaire. D’ailleurs elle l’avait toujours dominée. Pas une fois elle n’avait pu prendre une décision sans lui en parler pour avoir son avis. Même quand Romain était encore là, il fallait que tous les jours elle prenne le téléphone et l’appelle pour un conseil de cuisine ou d’achat de vêtement. C’était plus fort qu’elle. Bien sûr, lui, n’appréciait pas trop mais il se disait que pendant qu’elles « papotaient » ensemble il était tranquille et pouvait téléphoner à ses copains de son portable en allant s’installer au fond du jardin. Son plus grand plaisir était la guitare alors il partait s’installer dans un cabanon de fortune fait de bois et de bambous et jouait jusqu’à ce que ses doigts en soient meurtris.

    Sylvie s’énervait, elle considérait qu’il y avait mieux à faire que de s’amuser. Il y avait le jardin, la maison à repeindre et elle n’acceptait plus le « passe-temps » de son mari. Il l’énervait, elle ne le supportait plus. Chaque mot qu’il prononçait la mettait hors d’elle, il trouvait toujours une excuse pour ne pas l’aider dans les tâches ménagères et les courses. Enfin, après des mois de disputes stériles, de conversations oiseuses, ils avaient trouvé un compromis : ils se séparaient, divorçaient à l’amiable, et chacun refaisait sa vie comme il l’entendait.

    Tout se passait bien, elle avait repris sa liberté et appréciait vraiment de pouvoir faire ce qu’elle voulait quand elle voulait. Mais hélas un accident de la circulation provoqua la mort de son père et sa mère n’avait pas supporté de vivre seule.

    Aussi, tant bien que mal mais se respectant mutuellement elles s’étaient installées dans le grand appartement de Sylvie.

    Un jour, qu’elle cherchait désespérément une rue de Paris sur son plan, elle fut accostée par un homme séduisant qui lui proposa de la conduire à destination, sa voiture étant à deux pas. Peu habituée à répondre à ce genre de propositions douteuses, elle réfléchit deux secondes et se dit qu’elle ne risquait pas grand-chose avec cette la circulation si dense dans la capitale et au moins elle n’aurait plus à chercher ni à marcher. Elle accepta donc de bonne grâce et en chemin ils conversèrent de tout et de rien. Quand il la déposa, ils se serrèrent la main et échangèrent leur numéro de téléphone.

    Le lendemain elle reçut un coup de fil, Bertrand l’invitait à déjeuner si bien sûr, elle était libre. Elle accepta et c’est ainsi qu’ils devinrent amants. Ils se voyaient très souvent et c’est lui qui venait systématiquement chez elle. Elle le présenta à sa mère qui le trouva charmant. Elle lui avait avoué qu’elle ne pouvait plus se permettre de se tromper une seconde fois et qu’elle avait besoin de vivre sa vie, seule, quelque temps afin de se « reprendre en mains »aimait-elle à dire. Très vite il la domina, et dès qu’elle essayait de se séparer de ce nouveau lien qui commençait à lui peser, dès qu’elle lui disait assez méchamment d’ailleurs qu’il l’étouffait, qu’il valait mieux qu’ils se quittent un moment pour faire le point, il la prenait dans ses bras et lui murmurait qu’il ne pourrait pas vivre sans elle, qu’elle lui faisait beaucoup de mal en lui parlant ainsi et ses yeux s’embuaient de larmes. Et, tout naturellement, à ce stade de la discussion, elle craquait, elle-même très émue devant autant d’amour, s’excusait presque et leur liaison reprenait de plus belle.

    Mais ce jour-là elle était décidée : elle allait rompre définitivement, elle voulait vraiment se ressourcer, se reconstruire et profiter de sa liberté.

    Bien sûr, il la supplia de ne pas le quitter, il pleura, elle sentait qu’elle allait encore s’attendrir et elle se leva précipitamment en le laissant là, seul, englué dans sa douleur, dans ce café où ils s’étaient donné rendez-vous pour discuter.

    Rentrée chez elle, elle se mit à faire un grand ménage, rangea, épousseta, tria des papiers sous le regard inquiet de sa mère.

    -  Mais que t’arrive-t-il ma grande ?
    -  Ce qu’il m’arrive ? je suis de nouveau entièrement libre, Maman ! je viens de « larguer » Bertrand qui devenait vraiment trop encombrant.
    -  Peut-être ma fille mais il t’aimait, il faudrait savoir ce que tu veux, Romain ne s’occupait pas assez de toi, Bertrand en fait trop ! tu ne seras jamais heureuse, tu n’es jamais satisfaite.
    -  Mais je suis heureuse ! s’exclama- t-elle en partant d’un rire joyeux
    -  Tant mieux tant mieux... marmonna sa mère.

    Une semaine passa ainsi dans l’euphorie de la liberté retrouvée. Mais pourquoi avait-elle été se fourvoyer dans une histoire à l’eau de rose avec ce type, brave, certes, mais sans aucune responsabilité, ne sachant que répéter qu’il l’aimait au point qu’elle ne pouvait même plus supporter d’entendre cette phrase !

    Mais doucement, l’ennui s’installa. Plus de coups de fil, plus un message sur répondeur, plus de petits mots doux glissés sous son oreiller lorsqu’il partait au petit matin après avoir passé la nuit chez elle. Et sa voix, sa voix qu’il avait si douce, ses mots, tout lui manquaient. Insidieusement, elle ressentait une certaine émotion, un trouble quand elle se souvenait de leur liaison ; quand il lui offrait des fleurs, quand il l’embrassait tendrement en lui disant : « je t’aime tant !.. » Tout à coup, elle aurait traversé Paris pour entendre cette phrase !

    Quand elle raconta ses états d’âme à sa meilleur amie, celle-ci lui fit remarquer que c’était quand même elle et elle seule la responsable de ce gâchis, c’était quand même elle qui avait rompu alors que rien ne l’obligeait...

    Certes...

    Alors elle prit son courage à deux mains, mit son orgueil de côté, et un beau matin décida de l’appeler. Il l’aimait tellement qu’il ne pouvait pas lui résister, elle le savait. Il allait en pleurer de joie, heureux de ne pas la perdre ! C’était un dimanche et elle prit le téléphone vers dix heures du matin, il devait être rentré de son jooging à cette heure-ci, se dit-elle, j’ai une chance de le trouver chez lui.

    Elle monta dans son bureau laissant sa mère regarder la première messe à la télévision. Elle tournait un peu, replaçait des papiers, relisait des factures, rangeait des documents, enfin, retardait le moment !

    Elle se décida, décrocha le téléphone et fit le numéro. L a sonnerie retentit longuement avant que le bip l’invite à laisser un message. Merde ! se dit-elle, pas de chance ! : « Bonjour ! c’est Sylvie, tu me rappelles si tu peux, j’aurais besoin de te parler et de te dire quelque chose d’important, je suis à la maison toute la journée, bises ... »

    Elle raccrocha, fébrile et tremblante. Ce contretemps l’énervait. Elle aurait voulu régler ce problème immédiatement sinon elle savait qu’elle allait tourner en rond jusqu’à ce que le téléphone sonne. Quelle poisse ! mais pourquoi n’était-il pas là ! Il vivait seul et sans attaches mais il ne sortait jamais si tôt le matin, à part son jooging ! Il rentrait chez lui vers neuf heures du matin... enfin c’est ce qu’elle avait compris, car quand il l’appelait, il était toujours environ neuf heures, neuf heures et demi et à chaque fois il avait d’ailleurs la même phrase : « je te passe un petit coup de fil avant d’aller prendre ma douche simplement pour te dire que je t’aime, on se voit comme d’habitude ?.. »

    Quand le téléphone sonna, elle sursauta tellement violemment qu’elle lâcha l’assiette qu’elle était en train d’essuyer. Elle se précipita, décrocha et cria presque :

    -  Allo, c’est toi ??

    Une voix de femme lui répondit :
    -  Qui moi ?
    -  Excusez-moi mais qui êtes-vous ?
    -  Je suis la femme de Bertrand, il n’est pas là pour l’instant mais que lui voulez-vous ? j’ai écouté votre message, je peux lui demander de vous rappeler quand je le verrai si vous voulez ?
    -  Non il n’y avait rien d’important, je le rappellerai
    -  Vous êtes Sylvie ?
    -  Oui
    -  Il m’a beaucoup parlé de vous, soyez fière, vous êtes l’héroïne de son roman qui vient d’être édité la semaine dernière, il peut vous remercier s’il ne l’a déjà fait.
    -  Ah bon ? (Il ne lui avait jamais dit qu’il écrivait, il était soi-disant dans l’import export)
    -  Oui et son expérience lui a beaucoup servi, il vous a rencontrée et grâce à votre crédulité, il a pu raconter comment une femme forte à priori, indépendante, pouvait se laisser piéger par un homme au beau langage. Il est vraiment ravi que son livre soit édité. Je peux vous donner les coordonnées ou vous pouvez le commander si cela vous intéresse ?
    -  Non merci, il m’a réellement prise pour une idiote et j’ai du mal à penser que je puisse en plus lui acheter ce livre.
    -  Mais pas du tout, il adore écrire des histoires vécues et il ne supporte pas d’inventer ou de créer une situation qu’il ne connaît pas. Il veut vivre l’émotion pour pouvoir la transcrire avec fidélité sans la trahir.
    -  Autrement dit j’ai été son cobaye ! Hurla -t-elle !!
    -  Non pas tout à fait. Mais je vous assure, achetez au moins ce livre, vous verrez que vous y avez le beau rôle contrairement à moi qu’il a encore décrite comme la pauvre femme trompée ! termina-t-elle en riant.
    -  Vous avez quand même bien été trompée dans cette histoire ?
    -  Non pas du tout, nous sommes très libres et je savais qu’il vous rencontrait et le soir c’est moi qui lui tapais son manuscrit. Nous avons fait ce livre en commun en quelque sorte, voilà Sylvie, vous permettez que je vous appelle Sylvie ? Ah ! j’oubliais, Bertrand m’a chargée de vous dire au cas ou vous téléphoneriez qu’il vous remerciait vivement de votre aide. Sans vous ce livre n’aurait jamais vu le jour. Encore merci à vous. Et si vous passez dans le quartier, n’hésitez pas à venir nous faire un petit coucou, les enfants et nous serons ravis de vous rencontrer.

    Des enfants ? des enfants ? Une femme ? j’ai été trompée depuis le début et je n’ai rien vu venir ! mais c’est une ordure ! c’est un salaud !!

    Elle serrait son mouchoir sur ses lèvres pour ne pas hurler de douleur. Pour ne pas éclater en sanglots qu’elle ne pourrait plus endiguer, elle le savait. Son problème lorsqu’elle commençait à pleurer elle ne pouvait plus s’arrêter. Des hoquets se pressaient dans sa gorge, elle avait très mal mais surtout pas de larmes, surtout pas ! Elle tremblait, bousculait tout sur son bureau déplaçait les objets, les replaçait, se levait, arpentait la pièce de long en large et se rasseyait toujours avec le mouchoir devant la bouche en poussant de faibles gémissements. Elle ne devait pas éclater en sanglots elle n’en avait pas le droit. Pas elle ! ah ! non ! elle n’allait pas pleurer pour si peu de choses ! de toute façon, elle l’avait laissé tomber alors !!

    Alors pourquoi, maintenant, les larmes coulaient-elles sans retenue le long de ses joues ?

    Envoyer l'article à un ami
    Destinataire  :
    (entrez l'email du destinataire)

    De la part de 
    (entrez votre nom)

    (entrez votre email)


    afficher une version imprimable de cet article Imprimer l'article
    Litterature.tv © 2006-2010
    Concept : Marc Desmedt - Réalisation : Denis Grislin