Présentation du Livre :
"Tous les possibles" présente 5 ans de la vie d’Alexandre Kolin. 5 années qui vont du bac à l’ après Service national, de 1993 à 1998. Peut- être sont-ce les plus importantes de son existence.
Etudes, rencontres... Les ambitions s’affirment avec des projets gentiment fous ou carrément sages. Ces chemins de traverse que l’on emprunte parce que l’on espère accélérer les étapes... et dire au monde qui l’on est.
Il y a les amis fantasques, comme Rodensky, ou loufoques, tel Dimela. Ils sont aussi à la recherche de leur voie. Sans parler de cette intrigante, Tara Gundermann. Avec elle, les chemins frisent l’illégalité. Jusqu’à cette fin pour le moins inattendue...
Quel est l’objet de ce texte ? Donner la parole à des jeunes de la Province. Ces personnages sont à première vue dans la moyenne. Ni pires ni meilleurs que les autres. Ils se posent des questions sur leur environnement, et peinent à trouver leurs réponses. Ils veulent s’affranchir des modèles imposés par la société. Ils ne se reconnaissent pas dans les valeurs marketing. Elles leur donnent l’impression de voler leur histoire. Ils veulent exister, tout simplement. De ce fait, "Tous les possibles" séduit ou énerve profondément.
Bien plus qu’un simple livre policier, il s’agit enfin, de montrer que chaque individu est une aventure qui s’ignore.
Ce livre a reçu la médaille de vermeil 2004 de l’Académie des Sciences, Arts et Lettres d’Arras. Prix d’excellence 2004 Renaissance Française Nord Pas-de-Calais.
|
Sommaire : Chapitre Un, p1 Chapitre Trois, p2 Chapitre Sept, p3
Chapitre Un
Jeannot Lepetit était fier de son café. Ce n’était pas le plus grand ni le plus prestigieux de la Place d’Armes, mais il avait une âme. Trois ou quatre générations s’étaient reflétées dans ses miroirs. Elles avaient patiné les boiseries. A côté du comptoir, des photos essayaient de témoigner. Là-haut, au sommet, se tenait Lepetit premier, le grand-père fondateur. Suprême honneur, il avait droit à un cadre doré. On voyait encore une torpédo, un boxeur, et un trompettiste. Ce devait être quelqu’un, il avait signé le cliché... A mon ami Charles. Charles Lepetit, le père.
En étant persuasif, et après avoir aligné quelques consommations, le client pouvait demander à Jeannot de détailler ces images. Les histoires étaient toutes prêtes, jamais les mêmes. A part ses ancêtres, Lepetit se perdait dans ces visages. Sa faconde faisait mouche. Il donnait vie à tous ces disparus, jonglant, trichant avec les dates. Le tenancier avait sans doute peur de l’Au-delà. Entretenir cette pratique, c’était comme rendre un peu présents ces anonymes. Il se rassurait à peu de frais.
Ce petit monde faillit disparaître au cours des années soixante-dix. L’époque cultivait d’autres rêves. Le zinc était devenu ringard et la clientèle des fidèles se clairsemait. Lepetit commença à recevoir des offres de reprise. On voulait balayer la devanture... Faire un magasin de chaussures ou un drugstore. Les propositions se firent plus précises, avec des zéros bien placés. Lepetit hésita. Sa vie était dans la balance. Ramasser le pactole et recommencer ailleurs. Où, pour faire quoi ? Il dit non. Le promoteur ne s’affola pas. Le Café des Géants était voué à la faillite. Patience. Il n’y avait qu’à attendre. Lepetit eut alors une idée : proposer une cuisine simple, à l’ancienne. Le tout à des tarifs étudiés au plus juste. La mode était à la diététique. Pourtant la tarte au maroilles et le pain croté firent beaucoup pour l’avenir des lieux. Jeannot reconquit le terrain perdu. La décennie suivante, le bistrot se mua en brasserie. Le taulier défendait une certaine idée de la bonne bouffe, arrosée d’un p’tit rouge sympa. Tout cela mis bout à bout forgea une atmosphère particulière. Les jeunes de la fac de Droit ou de Lettres aimaient s’y jeter une mousse après les cours. On y riait de bon coeur, on y chantait parfois.
Alexandre Kolin s’était beaucoup amusé à cette adresse. Il avait craqué pour les vieilles réclames accrochées aux murs de l’établissement. Sans parler de ces musiques... Lepetit préservait la collection complète des rythmes de Claude François. Mais à ceux avec qui il sympathisait, il réservait les succès de Tino Rossi ou Jean Sablon. C’était composite. Délicieusement décalé. Pour Kolin, ce décorum sentait bon la découverte. Il avait l’impression d’être le héros d’un film en noir et blanc. Ne lui manquait plus que la Delahaye grand-sport. Cela remontait à sept ans.
Envoyer l'article à un ami
Imprimer l'article
|