Extraits :
Voix de Hortense :
Derrière mes yeux fermés, avant de m’endormir, j’imagine des histoires. Demain, j’ajouterai des personnages, les juges, par exemple, mais là ce sera difficile, car je ne comprends rien à leurs lois. (Un silence, puis d’une voix lente qui s’estompe dans l’approche du sommeil :) Pour pouvoir pardonner, faut-il avoir été d’abord consolé(e)s ? Les livres... Les livres comprennent... Les livres... Tout le savoir... (Elle s’endort)
Marielle :
(La scène s’éclaire. Marielle est appuyée contre l’échelle. Elle porte une jolie robe à fleurs. À ses pieds, une valise).
Une échelle, comme pour cueillir des fruits. Mais il n’est pas fruitier, l’arbre. J’ai toujours aimé cette image d’une échelle posée contre un tronc... Ça me rappelle un rêve que j’avais fait avant que Raoul ne me demande, ne... m’ordonne de me déshabiller... C’était lui, Raoul, et à la fois un autre, un géant, qui me portait dans un arbre, dans un immense nid... Une ineffable tendresse, malgré l’araignée noire au fond du nid, qui ne m’effrayait pas, du reste... Raoul ! Quelle nostalgie, quelle douceur m’envahit à ce souvenir...
Pourtant, l’araignée noire... Tombée dans le nid, ou dans la gueule d’un loup, je m’y croyais heureuse, récitais l’enfance en lui effeuillant des fleurs. Les fils tirés me donnaient l’illusion d’être aimée. Mais Raoul m’aimait, avec un certain désespoir d’absolu... À Raoul, il est tout pardonné. Dans ma bulle, je n’avais jamais rien compris de ce monde. De la brume qui m’entourait, s’était détaché un dieu au prénom prosaïque : Raoul !
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