Présentation du Livre :
Au SRPJ de Lille, le capitaine Verjat est perplexe. Son supérieur lui a demandé de vérifier les circonstances d’une mort suspecte... Il faut faire vite, car d’autres dossiers attendent.
Sur le terrain, la réalité est complexe. La victime a été éliminée avec froideur et détermination... Un vrai travail de professionnel !
Mais pourquoi envoyer un commando supprimer un homme si âgé ?
Georges Valzac vivait seul dans sa grande maison. Il passait ses journées avec ses souvenirs. Très peu de personnes savaient qu’il avait été un grand industriel au service de l’armée. Ses voisins ne se doutaient pas qu’il avait été aussi un pilote de courses automobiles.
La personnalité de la victime, son passé, n’ont pas fini d’étonner Verjat. Dans cette enquête, le policier va de surprises en surprises. Il rencontre des ferrailleurs nerveux, des restaurateurs paranoïaques. Que dire enfin de cet étrange banquier suisse ? Ont-ils seulement conscience de ce qu’est vraiment la Reine d’argent ?
Pour son nouveau roman, Valéry G. Coquant propose une histoire à double détente. En mêlant le passé et le présent d’une région, il tisse une intrigue implacable. Au fur et à mesure, les pièces s’emboîtent, les têtes tombent, jusqu’à l’irréparable.
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Extraits :
Roubaix,mardi, 7 mars
Raphaël Moulard est inquiet. Derrière sa fenêtre, il guette la façade de la bâtisse de l’autre côté de la rue. Un rectangle massif, de style Art deco. Quelque chose le chagrine. Ce n’est pas ordinaire. Il n’a encore rien dit à son épouse mais il n’en pense pas moins. Coup d’oeil à sa montre. Dix heures moins le quart. Qu’est-ce que cela veut dire ?
Moulard n’aime pas ça. Comptable à la retraite, il a gardé de sa profession le goût des éléments soigneusement ordonnés. Cette situation insolite le contrarie. Il a beau en manipuler les données dans tous les sens, il a l’impression haïssable de ne pas les contrôler. Des pièces lui manquent. Debout dans le salon de sa coquette maison de ville, accoudé au radiateur, il a l’air ronchon. Ça ne va pas !
Cela fait vingt-cinq ans que le voisin d’en face lève ses volets à 7h30 précises. Eté comme hiver. Le dimanche aussi bien que les autres jours de la semaine. Les seules entorses au rituel sont dues à un séjour à la mer, chaque année en septembre. Dans ce cas, Moulard se voit confier la responsabilité d’ouvrir et de fermer ces volets. On est en mars, donc ce n’est pas ça. C’est sûr, il est arrivé quelque chose.
Raphaël Moulard ne se démonte pas. Il quitte son poste d’observation. Il va dans le couloir pour téléphoner. Il est mesuré, très calme. A l’autre bout de la ligne, une sonnerie vague. L’attente. Moulard raccroche, recompose le numéro. Rien.
Madeleine Moulard s’étonne de l’agitation de son mari. Franchement, au lieu de l’aider à... Monsieur devine la pensée de Madame.
J’appelle en face. Personne ne répond. C’est pas normal !
Qu’est-ce qui n’est pas normal ?
Les volets ne sont pas ouverts, et il va être 10H !
A son tour, Madeleine Moulard va dans le salon. A travers le fin rideau, elle regarde par la fenêtre.
C’est vrai que c’est pas normal. On devrait peut-être aller voir.
Madeleine a raison. Le con ! Raphaël s’en veut de ne pas y avoir songé avant. C’est si simple.
Bon, je vais y aller. Toi, tu n’as qu’à appeler la police. Il a dû lui arriver quelque chose. Il a fait peut-être un malaise.
Moulard enfile des souliers, passe un chandail. Il traverse la rue. De l’école primaire voisine proviennent des bruits de récréation. Tout de suite, il constate que le portail n’est pas verrouillé. Il ne comprend pas. Le propriétaire est pourtant méthodique. Il est même d’une prudence maladive. Il aurait oublié de... Moulard pousse le battant. Le grand panneau de métal cède. Grincement de gonds. La cour intérieure se dévoile. Vide. Regard vers la façade de la maison. Les fenêtres sont closes. Au fond de la cour pavée, la porte du garage semble fermée elle aussi. Moulard n’est pas à son aise. Il a toujours été impressionné par les proportions du bâtiment. L’hôtel particulier en impose, avec ses volumes nets et épurés. Le maître des lieux l’a dessiné dans l’entre-deux-guerres. Il s’est sans doute inspiré des réalisations de l’architecte Mallet-Stevens. A l’époque, le rez-de-chaussée servait de local administratif à l’affaire qu’il tenait avec son frère. Une sorte de bureau d’études spécialisé dans la mécanique de précision. Une dizaine de personnes venait travailler là chaque matin. Le vaste garage attenant servait d’atelier de prototypes. Quelquefois, on y entreposait des camions. Depuis, l’ensemble a été reconverti en habitation simple. L’atelier comporte toujours des machines outil, mais il abrite avant tout la vieille voiture du propriétaire.
Moulard ne sait dire si son ami est parti, ou s’il est encore dans les murs. Il pense à lui. Il est le premier à avoir souhaité la bienvenue au comptable quand il s’est installé dans le quartier avec sa femme. Cette atmosphère faussement tranquille le dérange. Elle ne cadre pas avec le pressentiment... Il n’entre pas. Il préfère sonner.
Lille, lundi 20 mars
Place Saint-Hubert. Tout autour, des centres commerciaux, et des sièges de grandes sociétés. De beaux immeubles modernes, façades en marbre blanc et enseignes lumineuses. Cela donne un sentiment de confiance en l’avenir. En garant la DS pas très loin, Verjat ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec les pages lues un quart d’heure plus tôt. Les choses ont bien changé. La région est entrée de plein pied dans l’ère de l’international, des nouvelles technologies et de l’Internet. Finies les machines à vapeur et les grandes cheminées.
Encore quelques pas. La lueur des gyrophares balaye les devantures des restaurants qui bordent la place. De rares curieux regardent la police faire son travail. Deux journalistes tentent d’en savoir plus. Le gros oeil de leur caméra scrute la scène du crime. Des hommes s’affairent autour d’une vieille BMW déglinguée. Les portières sont ouvertes. Le pare-brise a quatre impacts côté conducteur. Verjat n’a encore rien dit. Toute cette animation le fait penser à Mesrine. Lui aussi, on l’a flingué dans son auto. Faut dire qu’il l’avait cherché. Ses affaires n’avaient rien de romantique.
Ah... Verjat ! Salut, ça va ?
Ben oui. Alors que se passe-t-il ? Pourquoi tu m’as fait venir ?
Comme tu vois. Un jeune a été abattu au volant de sa voiture. Il sortait de la pizzeria là-bas. Il est monté dans la BM... c’est là qu’on lui a tiré dessus. Quatre balles dans la tête. Il est mort.
On va voir ça.
Calmement, Verjat se rapproche du véhicule. Une berline d’au moins vingt ans d’âge. Des coups dans la carrosserie, des griffes. Un phare cassé. Vraiment pas une auto soignée. Ce type, encore assis dans son siège. Défiguré. Sur le vitrage latéral, il y a des projections de sang et de matière cérébrale. Le velours des fauteuils ne vaut pas mieux. Felix prend des photos. Le flash crépite.
Berton, de la Scientifique est déjà là. Lui aussi inspecte son nouveau client.
Alors ?
Comme ça, je dirais qu’il a pris trois projectiles dans la tête. Le quatrième est dans son cou. Mort instantanée. Peut-être même n’a-t-il rien vu venir.
Du gros calibre ?
Je pense oui.
Ils n’ont pas trouvé les douilles ?
Non ! Le tireur devait être en voiture, ou alors, il avait un revolver. Enfin, dès que j’en sais plus, je te tiens au courant.
Merci !
Verjat fait le tour de la BM. Côté passager, il fouille sommairement. La boîte à gants avec son bardas habituel et un couteau Opinel de belle taille. Sur le tapis, il remarque des journaux. Ils sont récents, ouverts aux rubriques qui relatent l’enquête sur Valzac. Tiens, tiens, tiens ! Cela ne veut rien dire. La victime était peut-être friande de ce genre de lecture. A l’arrière, rien de spécial. Une couverture, une bouteille d’eau minérale. Le coffre n’apporte rien de plus, en dehors d’une grosse caisse à outils très bien achalandée.
Merchin ? On connaît l’identité du mort ?
Patrice Roulach, vingt-trois ans. Domicilié à Fives. J’ai trouvé tous ses papiers dans son portefeuille, à ses pieds.
J’comprends pas !
Je veux dire que son portefeuille a glissé de son blouson, et est tombé à ses pieds, dans la voiture.
Bien ! Et les témoins ?
Ils n’ont rien vu. Même le patron de la pizzeria, il était occupé à son comptoir. Il ne faisait pas attention à ce qui se passait dehors. Comme les autres, il a entendu les détonations, et puis basta. Le temps de réaliser, et tout était fait.
Personne n’a vu une voiture partir, ou un individu s’enfuir ?
Non !
Verjat regarde les lieux. La BM stationnée sur le parking près de la ruelle qui file vers le parc Matisse. Le tireur a pu partir par là. A cette heure, un lundi soir, c’est plutôt calme comme quartier. D’autres directions sont possibles, mais dans des artères bien éclairées, où des taxis et des bus circulent encore. C’est donc courir le risque d’être aperçu. Remonter vers la gare ? Laquelle ? Lille est l’une des rares villes en France, avec Paris, à disposer de plusieurs gares... Prendre le dernier métro ? Même constat, toujours le risque d’être vu.
Verjat entre dans l’établissement italien. Il se présente au patron. Les questions de Merchin, répétées, les réponses pratiquement identiques. Verjat comprend que dès que le tenancier a entendu les coups de feu, le temps de courir à sa vitrine depuis le bar, et le tireur s’était évaporé. Quoique ! S’il était parti vers l’avenue ou vers la gare, signor Ramoni aurait pu le voir de dos. Ou même le voir passer devant son restaurant. Là, rien... Cela confirme l’hypothèse de la fuite par le parc. En sortant, Verjat conseille aux collègues d’aller s’intéresser à cette piste.
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