Présentation du Livre :
Née à Constantine, Noëlle Negroni-Colonna de Leca est retournée dans son pays natal en janvier 2007 à l’occasion du démantèlement du cimetière de Sidi Mérouane, où reposaient encore des Corses partis de Cargèse.
L’expérience de ce retour aux sources, d’une grande intensité, a donné naissance à ce roman, plein de souvenirs, mais exempt de nostalgie.
Dans la corse des années 1870, la vie du village est rythmée par la rudesse des travaux des champs. La communauté grecque de l’endroit se voit "offrir" des concessions dans une Algérie conquise depuis peu. De nombreuses familles choisissent de tenter l’aventure coloniale.
A travers le destin croisé de deux enfants, l’un parti pour un pays d’accueil plein de promesses, l’autre resté sur son île en rêvant d’un "ailleurs", s’écrit l’histoire vraie, à peine romancée, des ancêtres des Cargésiens d’aujourd’hui qui vivent comme autrefois, regroupés autour de leurs deux églises.
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Sommaire : Janvier 2007, p1 Constantine, p2
Janvier 2007
Sur une route en corniche, dans le vent froid, le col relevé, les mains dans les poches j’avance. Il me semble que je rêve, mais un petit caillou que je serre dans ma main me dit que je ne rêve pas, du moins que je ne rêve plus. Cette route en corniche, le gouffre à mes pieds, les chutes d’un fleuve tumultueux, l’horizon immense ont fait partie de mes songes depuis quarante cinq ans. J’avance mettant mes pas dans ceux de mon passé. Mon coeur se soulage d’un poids immense qui l’oppressait et si j’étais seule je crois que je crierais de joie. Je suis revenue où la vie de mes parents m’a fait naître, je suis dans la ville de mon enfance qui est si belle et qui m’a tellement manqué. Le caillou dans ma poche, il vient d’un cimetière où je pensais ne jamais revenir, ce petit bout de pierre c’est toute une partie de mon histoire, c’est l’histoire de mes ancêtres maternels qui sont venus de Corse pour fonder un village, ici, en Algérie. La route en corniche c’est celle qui de Constantine descend vers ce village. Aujourd’hui je sais enfin d’où je viens et pourquoi je suis née ailleurs que chez moi. Mais en fait, où est-ce chez moi ?
J’ai été élevée dans ce pays, j’y ai côtoyé nombre de peuples sans bien m’en rendre compte. Ils faisaient partie de mon quotidien. Ils avaient des religions, des traditions, des origines que je n’ai jamais comparées aux miennes, ils m’ont ouverte aux autres sans que je m’en doute. Naturellement j’ai "poussé" dans un jardin aux mille parfums.
Aujourd’hui, je retrouve pour quelques heures le pays que j’ai quitté dans la tourmente de la guerre, il est paisible et moderne, ceux que j’ai rencontrés m’ont dit de revenir parce que de leur avis, c’est ici "chez moi".
J’ai une chance infinie ; j’ai plusieurs "chez moi" parce qu’un jour de 1874 mes aieux m’ont ouvert la route allant de Cargèse à Sidi Mérouane.
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