Extraits :
Tenir...
Je dois tenir à tout prix !
Pour la centième fois, sans doute plus, Anéta parvint à se relever. Arrachée à la gangue de poussière bleutée qui l’engluait jusqu’aux genoux, elle reprit péniblement sa marche au travers des bourrasques de la tempête qui meurtrissaient son visage.
La pluie de microcristaux continuait à s’abattre sur la plaine. Depuis l’aube, les lourds nuages venaient crever au-dessus de sa tête, une ondée lourde et grasse creusait des rigoles dans le sol comme pour rendre son épreuve encore plus douloureuse.
Elle ne savait plus depuis combien de jours elle marchait, se nourrissant de fruits qu’elle ne connaissait pas. Elle sentait la lassitude l’envahir, l’envie d’en finir une fois pour toutes s’insinuait insidieusement dans ses pensées. S’allonger sur le sol et se laisser recouvrir par le linceul minéral tombé du ciel, en finir, retrouver l’éternelle sérénité du néant !
Une voix, surgie du plus profond de son subconscient, la forçait à poursuivre son errance :
Tenir ! Tu dois aller jusqu’au bout !
Elle avait été conditionnée à se surpasser, à aller au-delà de sa résistance en toutes circonstances.
Tenir !
De sa réussite ou de son échec, dépendait la survie de ses compagnons.
L’énorme rocher, planté dans la terre comme une aiguille de quartz, ouvrait dans sa base lézardée une anfractuosité qui lui permit de se reposer quelques instants. Elle rabaissa la cagoule étanche de son survêtement et laissa échapper le flot doré de ses cheveux qui, libérés, retombèrent en vagues le long de ses reins. Du revers de la main, elle effaça de son visage les traces de poussières bleutées. Du sac qu’elle portait accroché sur son dos, elle retira la bouteille qui renfermait encore un peu d’eau et but avidement jusqu’à la dernière goutte. Elle s’allongea sur le sol. Malgré son épuisement, elle ne ressentait pas l’envie de dormir. Anéta avait dépassé le stade du sommeil récupérateur. Elle s’était faite à l’idée que le seul repos qui l’attendait ne pouvait être que le repos éternel ! Elle revivait les instants qui avaient précédé sa fuite.
Elle se baignait seule dans une petite mare. Au moment où elle s’apprêtait à rentrer, elle avait entendu le crépitement des armes à feu et avait aperçu le nuage de lumière orangée qui recouvrait la plaine. La voix du commandant de bord retentit dans son téléphone :
Nous avons été attaqués par les biolithes, beaucoup d’entre nous sont déjà morts. Les cristaux, transformés en poussières, deviennent mille fois plus meurtriers, déjà ils s’infiltrent à l’intérieur d’Iona K 13. Nous allons tous périr ! Fuis, rejoins les autres, dis-leur de ne pas revenir vers la base.
Comment les retrouver au travers d’une planète inconnue et hostile ?
Essaye d’entrer en contact avec Mahé.
Pendant près d’une heure, le commandant tenta de rejoindre Anéta. Ses propos devinrent confus. Les dernières paroles qu’entendit la jeune femme furent :
Les documents... il faut sauver les documents...
Lorsque Anéta parvint auprès du commandant, il était mort, elle prit sa sacoche et s’enfuit en courant.
Ils ont dit qu’ils allaient explorer la zone qui longe la rivière en direction du sud, je n’ai qu’à aller dans cette direction, pensa-t-elle.
Elle reprit sa route, effectuant de longs détours chaque fois qu’une aiguille de cristal se dressait sur son chemin comme un piège mortel.
Jamais je n’arriverai à les rejoindre ! J’ai bien peur que tout ça finisse bientôt.
Anita se mit à pleurer.
De nouveau, du plus profond de son être, la voix s’élevait :
Tenir... Tu dois tenir pour les autres !
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