Tu dors, lui dit-il, au bord de l’eau. Ne t’y es-tu jamais mirée ?
Non, elle ne s’est jamais regardée, ses paupières fermées comme celles d’une statue de glaise ébauchée.
Je t’offre un regard, lui dit l’homme, et un miroir, et un nom...
C’est beaucoup, répond-elle, et peut-être trop peu... Car, si je gagne tout cela, ne perdrai-je pas la sensation du paysage, les parfums de la Nature, les caresses de la brise, les assauts de la bise ?
Il la rassure : Tout cela n’est pas incompatible.
Si j’accepte ton invitation, comment m’appelleras-tu ?
D’un nom simple et fameux...
Tu me donnes l’eau à la bouche, et déjà une larme au coin du projet de mon oeil !
Eh mais ! tu as de l’esprit !
Qui t’a dit que l’argile n’en a pas ? ! Ma souplesse est légendaire, mon cher. Je suis ta mère. Alors, quel nom me donnes-tu ?
Miranda ! Ça te va ?
Ça me va. Et ce miroir ?
Le voici, c’est une psyché très spéciale. Tu vois...
Non, je ne vois pas...
Pardon, je vais trop vite, je suis impatient !
Sur les paupières closes, il passe alors un doigt fin et léger.