Littérature - Livre - Ne pas Mourir pour Rien - Toujours et Jamais Tome II
Littérature - Livre - Sur le chemin tortueux de la sérénité


Le Temps n’efface Rien - Toujours et Jamais Tome III


Sommaire :
Avant propos, p1
1995, SOS... amitié ?, p2
Des bébés en plus, p3
Nice, son cimetière et ses fosses communes, p4
Coocky rejoint le Paradis des chiens, p5
Epilogue, p6

Coocky rejoint le Paradis des chiens

Nous venons tout juste de rentrer dans l’automne et nous avons encore de très beaux jours ensoleillés. La vie a repris tout doucement dans les usines, les bureaux et jusque dans les écoles et collèges. Coocky m’inquiète de plus en plus et même souvent la nuit elle me réveille en toussant... Je n’attendrai pas le mois prochain pour le rappel de ses vaccinations... je pense qu’elle a de nouveau besoin d’une radio du coeur et d’un bilan général. Rendez-vous est pris avec le vétérinaire en ce lundi 23 septembre...
-   Son coeur a doublé de volume en même pas un an et son espérance de vie... de 6 mois à un an au plus !

J’ai déjà entendu ça. J’ai déjà entendu ces paroles prononcées dans ma vie, non par un vétérinaire... mais par un médecin ! J’ai l’impression que tout se revit, que tout n’est que recommencement... J’ai l’impression qu’il y a une relation inévitable entre Willy et... notre chienne.

Je dois être folle... Mon cerveau trop imbibé de souvenirs douloureux, de paroles que je n’aurais jamais voulu entendre... Six mois à un an d’espérance de vie ?! Condamnation inéluctable et souffrances à venir ?

Départ annoncé ?

Je ne veux plus de ça !

Même pour un chien ! Même pour mon chien !

Le vétérinaire qui me connaît bien, sait ce que je pense, sait ce que je veux... je lui ai touché déjà deux mots sur les souffrances inutiles... sur le respect d’une vie... et sur l’acharnement thérapeutique alors que tout espoir de guérison est vain... Sur le respect d’une vie et le droit de mourir dans la dignité... Ce droit, malheureusement, on le donne seulement aux animaux, et ce n’est pas moi qui changerai ou pourrai changer quelque chose maintenant ! Et Coocky aura droit à ce respect comme l’a eu Willy... même si je dois encore être, de nouveau, l’acteur d’une vie qui s’achève...
-   Nous allons encore essayer de doubler les doses... et dans huit jours, on verra... me dit-il.
-   Coocky risque de partir ? Comment sa fin se manifestera-t-elle ?
-   Elle étouffera...

En l’espace de quelques secondes, je suis replongée des mois, des années en arrière... C’est comme si c’était seulement hier, comme si, à mes épreuves les plus douloureuses il devait y avoir obligatoirement une suite ininterrompue d’évènements, de caractéristiques qui m’échappent totalement mais qui mènent... à la mort.

Willy avait peur de mourir étouffé... Coocky ne mourra pas non plus étouffée ! J’abrègerai ses souffrances, aussi... avant ! Le vendredi, je l’amène toiletter... s’il elle doit partir elle aussi, elle partira toute belle ! Nous sommes le 1er Octobre 2002. Un jour tout à fait ordinaire pour des milliers, voire des millions de gens sur la planète.

1er Octobre : il y a sept ans, ce jour, les cendres de Willy s’éparpillaient dans l’infini du ciel...

Coocky s’est mise à tousser à ne pas pouvoir reprendre son souffle dès 5 heures du matin... j’ai dû me lever pour lui donner ses médicaments... comme on ferait avec tout humain... maintenant, elle va mieux et elle dort...

Je n’ai pu redormir. Je sens qu’il me faut prendre une décision ce jour et pas un autre... C’est comme appel. La pensée de Willy ne me quitte pas depuis l’aube, comme s’il avait pris possession de mes pensées et de mes agissements à venir...

Dès l’ouverture du cabinet, à 9 heures, je téléphone et demande à parler à mon vétérinaire.
-   Coocky a assez souffert... Je l’aime trop, je veux qu’elle parte sans souffrir... Il n’attendait que ma décision :
-   Demain, si vous voulez, on sera plus tranquille... où cet après-midi, dès 15 heures... me répond-il.

Je pourrais attendre demain... je pourrais attendre la prochaine crise sérieuse... je pourrais... encore me la garder un peu... Non ! Il faut que ce soit aujourd’hui ! Comme si je la savais attendue quelque part... Comme si les portes de l’infini n’attendaient que mon signal... pour s’ouvrir.

Comme si Willy l’appelait !
-   Je préfère aujourd’hui... Je vous l’amène à 15 heures.

Il fait soleil. Un temps magnifique et Coocky me suit de bonne grâce au début sur cette route qui me conduit au vétérinaire. Mais à mesure qu’on approche, elle se fait réticente comme d’habitude à chaque fois que je dois la mener au toilettage ou chez le véto. Et là, je dois la porter dans mes bras comme si elle avait senti qu’elle ne referait pas, qu’elle ne referait plus, le chemin en sens inverse. Je me trouve dégueulasse et je dois me faire violence pour ne pas rebrousser chemin moi-même.

C’est déjà en larmes silencieuses et le coeur brisé, une nouvelle fois, que je pénètre dans la salle d’attente du cabinet... Il y a peu de monde, et Coocky tremble de tout son être...

C’est à nous... Question rituelle et de confirmation :
-   Alors, on y va ?

Le regard grave du vétérinaire fixe mon regard embué de larmes... L’émotion m’étreint la gorge, mais je parvins à répondre :
-   Oui, mais nous faisons tous les papiers avant... après, je ne sais si j’en aurais le courage...

Coocky, alors qu’elle est sur mes genoux, son sort se décide entre son vétérinaire et moi... Bien sûr, elle sera incinérée... similitude de fait ! Et je ne veux pas récupérer son urne...
-   Si vous voulez, allez attendre dans la salle d’attente...
-   Non, je veux assister Coocky jusqu’à son dernier souffle ! Une piqûre lui est faite simplement pour l’endormir alors que je la tiens encore et la tranquillise...
-   Il y en a à peine pour cinq minutes, elle va dormir très vite, je vous laisse avec elle, je reviens de suite...c’est une anesthésie générale, ce que je lui ai fait...

Déjà son corps se détend et je la sens qui part dans son sommeil... Le vétérinaire revient.
-   Posez-la sur la table... Je lui introduis le produit... Cela va être pratiquement instantané et son coeur va cesser de battre... mais elle va garder les yeux ouverts...
-   Je sais...

Voilà, son regard est maintenant fixe... Coocky est partie aussi...

Personne ne pourra jamais comprendre ce que je ressens là, alors que je viens seulement de faire piquer mon chien ! Et tandis que le vétérinaire l’emporte, “avant qu’elle ne se vide”, me dit-il comme pour se justifier, je sors de ce cabinet, pars sans dire un mot, sans un regard vers quiconque, le visage inondé de pleurs... malheureuse plus que jamais, mais heureuse d’avoir assisté à une mort aussi rapide... aussi douce !

Et je ne peux empêcher mes pensées de s’en retourner dans un épisode de ma vie, toujours présent, et espérer seulement que l’avenir puisse être autre pour beaucoup d’autres...

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