Sommaire : Avant propos, p1 1995, SOS... amitié ?, p2 Des bébés en plus, p3 Nice, son cimetière et ses fosses communes, p4 Coocky rejoint le Paradis des chiens, p5 Epilogue, p6
Avant propos
Même si je jette un regard très différent sur ce qui m’entoure, j’ai appris à survivre après les départs de Ronald et de Willy. Mais je ne puis vivre, désormais, qu’au jour le jour, comme si demain n’existait pas. Et comment vivre ? Une partie de moi-même n’est-elle pas morte aussi ?
J’essaie de maintes façons d’échapper à ce vide qui n’est plus que mon lot quotidien. Et si ma vie doit malgré tout continuer sans eux, que ma vie soit la leur.
Lorsque je commence à écrire à nouveau ces lignes, quatre ans ont passé et j’ai atteint avec beaucoup de mal, une certaine résignation, même s’il reste au fond de moi, une souffrance, une détresse, que rien ne pourra combler. Cette survie je la dois à tous ceux qui m’ont entourée, aimée, supportée avec patience, je dirais presque stoïquement : Mes enfants, mes amis, Gérard, Claude, Nicole et Maurice, les anciens T.A.P. - trop peu de temps Olivier - et combien d’autres qui ont croisé ma route depuis 1995 - et la partagent encore - et à qui je porte une très grande affection. Tous furent, même si beaucoup l’ignorent, ma bouée de sauvetage. Je me suis accrochée à eux tous comme une noyée sur les flots de ma douleur, et je ne sais par quel miracle, par quelle abnégation même, ils sont tous arrivés à me maintenir la tête hors du gouffre dans lequel j’aurais si facilement plongé.
Ma vie, je ne sais quand elle s’arrêtera puisque grâce à la force qu’eux tous, inconsciemment, m’apportent, j’ai de moins en moins envie de la supprimer.
Les semaines qui suivirent le départ de Willy furent calmes, pratiquement normales. Olivier téléphonait journellement et venait me voir chaque semaine. Rien n’était changé ! Gérard téléphonait, envoyait des fax ou répondait aux miens, parfois Isabelle... et ainsi la présence de Willy se maintenait entre nous dans une amitié, une affection, un lien que rien ne prédisposait à se rompre ! Je n’étais pas que “la femme de Willy” puisque j’étais aussi leur Amie et que j’avais aussi ma place dans leur Vie !
Mais je sais maintenant qu’il n’y aura plus jamais pour moi, comme ce fut le cas pour Willy, un ami - ou soi-disant ami - qui surgira de la nuit des temps ! Et qui dira m’aimer, uniquement pour m’assister, pour me bercer de paroles vaines et charitables, à mes derniers instants de vie !Par pitié, ou pure charité chrétienne !
Mes vrais amis m’aimeront telle que je suis, avec mon fichu caractère, tous mes défauts ; ils partageront mes joies, mes peines, mes colères, mes tourments, mes coups de gueule, mes bouderies, mes erreurs et mes repentis. Bref, ils partageront ma vie s’ils veulent pleurer et partager ma mort ! Je ne parle que des amitiés masculines, les plus dures à gérer, à maîtriser, dans cette putain de vie où chacun est l’égal de l’autre au moment de sa mort.
Des amis j’en ai, des nouveaux - fruit tout neuf d’un restant de vie - et les anciens, pris par le même tourment que moi de la vie, mais toutes ces amitiés, féminines ou masculines, ne combleront jamais la solitude, le vide que m’ont laissé les départs de Willy et Ronald, malgré qu’elles soient bien présentes en moi jusqu’à mes derniers jours.
Ronald ?
Son absence, sa disparition, je n’en ai pris conscience que quelques mois après l’incinération et le largage des cendres de son père. Sa mort, je l’ai refoulée au plus profond de moi-même, peut-être parce que je n’ai pu la vivre, la pleurer, la hurler comme je l’aurais voulue étant donné le départ trop proche et trop présent de Willy. La douleur m’a envahie en vagues successives, alternant avec celle de Willy, et parfois je me dis que mon fils est toujours vivant, qu’il poursuit son petit bonhomme de chemin, comme tout un chacun, sans moi peut-être, mais que ce n’est pas lui qui est mort, seul, loin de tous, enterré sans nom, sans fleur, juste un numéro, dans le complet anonymat de la fosse commune du si “merveilleux” cimetière de Nice ! Et ce n’est pas mon voyage à Nice, accompagnée par mon amie Christine, qui pourra me donner cette paix de savoir mon fils, désormais, heureux. Car je sais, à l’heure où j’écris ces quelques lignes, que dans quelques mois la pourriture de son corps sera triturée, amalgamée par des engins mécaniques dans cette terre où il repose désormais.
Je n’ai rien pour me raccrocher de mes disparus, qu’une descente d’un corps à son incinération et à l’éparpillement de cendres d’une vie emportée par le vent, par un bel après-midi de ce 1er octobre 1995, et par la vision, oh combien présente, d’un monticule de terre où est couché à tout jamais mon fils.
Mais leurs esprits à tous deux se sont rejoints là-haut et je n’ai qu’à lever les yeux au ciel pour les retrouver bien présents. Et si ma vie n’est plus qu’un puits de souvenirs, de fantasmes plus fous les uns que les autres, c’est désormais ma vie.
L’éloignement d’Olivier m’a plongé dans un abîme de souffrances incontrôlables, car il m’a fait prendre conscience, par la rupture de ce trio d’amis, de la disparition de Willy que je refusais avec l’intensité du désespoir ! Quand j’ai franchi les portes de Corbas, en ce début d’année 96, c’est la vie de Willy que je voulais prolonger et poursuivre. Et je la poursuis toujours puisque, fidèle à la promesse que je lui avais faite, quelques semaines avant sa mort, je saute pour lui ! Et pour moi, puisque le ciel est devenu mon univers !
À Corbas, j’ai trouvé une amitié qui ne s’est encore jamais démentie et il m’a fallu toute l’affection de cette nouvelle famille, toute la tendresse de certains amis, pour me sortir de ce gouffre de souffrances qui m’a subjugué en ces années 1995 à 1997, et si dès 1998, la fin du siècle et le début de l’autre m’ont apporté un peu de résignation, un peu d’apaisement, tout l’amour du monde ne pourra jamais remplacer ces deux absences à mes côtés, car je ne suis que meurtrissures, révoltes, au fond de moi, d’une impuissance, oh combien réelle, face à leur mort.
N’avoir pu empêcher une mort, l’ignorer même durant trois semaines, alors qu’une autre se jouait à mes côtés, puis aider et partager à une mort voulue, reste ma détresse, ma déchirure.
Je mange, je bois, je souris, je m’amuse ! Je survie tout simplement ! Car je suis morte quelque part, tous deux m’ont entraînée dans leur sillage bien malgré eux, et je n’aurai une paix qui ne pourra être qu’une paix éternelle que lorsque je les rejoindrai.
Je voudrais dire à tous ceux qui m’entourent et qui m’aiment, que je les aime aussi, du plus profond de moi-même, malgré parfois les apparences, oh combien trompeuses, d’une indifférence voulue, calculée, afin que plus jamais, je n’ai encore à souffrir, à maudire cette vie que je supporte et que je traîne derrière moi comme un boulet, jusqu’à ma disparition.
Si j’ai eu des peines, j’ai eu et j’ai encore des joies. Je suis même pleine de rêves, et je me demande parfois si ces rêves ne sont pas une transposition d’un monde à jamais enfui ! J’ai essayé de faire face, parfois difficilement, je me suis trompée souvent, j’ai forcé les amitiés et les coeurs, mais tous ceux dont le chemin a croisé le mien, m’ont aidée à survivre. Je ne suis pas parfaite ! Je suis plein d’états d’âme, je ne suis parfois que colères, qu’injustices, que silences, d’une vie que je dois poursuivre tant que je le désirerai, envers et contre tout. Car aimer la vie, c’est vivre pour eux et oublier leur mort !
Dans ces quelques pages que je vous laisserai, il y aura mes espoirs, mes déceptions, mes joies, mon bonheur, d’un instant fugace, d’un jour ou d’un restant de vie, mais il y aura aussi tout l’amour, toute l’affection que je vous porte, à vous enfants et petits-enfants, à vous amis, d’un passé révolu, ou présent.
À toi, l’Ami dont la présence, l’affection, me fut si nécessaire, qui a su si bien apaiser mes tourments, mes colères, mes reproches, dont l’amitié n’a jamais failli et reste présente malgré tes tourments.
En un mot, à vous tous qui avez survécu, tout comme moi, à Ronald et à Willy. L’un qui fut mon fils, la chair de ma chair. Le deuxième qui fut et reste mon grand Amour et avec qui j’ai partagé tant de joies et de peines.
Eux deux que j’ai aimé et que je pleurerai jusqu’à l’Eternité.
Marie-Claude Marty
Envoyer l'article à un ami
Imprimer l'article
|