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Extrait 1
Un petit homme mince au visage mal rasé attend devant le portail du Clos Venceau tandis qu’auprès de lui une femme encore jeune porte dans ses bras deux enfants.
En les voyant si misérables, Julien pense tout de suite à des « romanichels » et la méfiance s’installe en lui. Fréquemment en effet, ces nomades aux multiples talents de comédiens se livrent à des méfaits dont les vieillards, le plus souvent, font les frais. Nombre d’entre eux passent chaque jour par Lontru, en convois fantaisistes de voitures attelées à des chevaux roturiers. Ils amusent les enfants lorsqu’à l’arrière de leurs roulottes, vautrés sur de vieux pneus, ils raclent le sol et font frein. En dépit de leur mine dérisoire, ils ne manquent de rien, sinon d’honnêteté ; et ceux qui leur font confiance risquent fort de devoir s’en repentir un jour.
Du reste, dans la région, les gitans de Moulevoix sont réputés pour leur existence fastueuse, agrémentée de voitures américaines, de caravanes grand standing ; et cela ne les empêche nullement de mendier.
Rien que de songer à ces arrivistes, Julien s’indigne. Mais sa colère n’est qu’intérieure. Trop faible pour s’opposer fermement à ces gens rusés, il ne dit rien.
L’inconnu se redresse, fait un geste de la main comme pour inviter sa femme à se montrer plus affable. Puis il avance tout droit vers Julien et les deux hommes s’observent longuement. C’est Julien qui prend le premier la parole.
Que voulez-vous ? demande-t-il avec une autorité qui ne lui est pas coutumière.
L’homme répond poliment :
Nous ne faisons pas l’aumône, rassurez-vous. Nous cherchons simplement du travail.
Du travail ! s’exclame Julien. Mais mon pauvre Monsieur...
Son embarras est grand. Bien sûr il peut toujours aider ces gens, ne serait-ce qu’une journée ; mais où cela le conduira-t-il ? Ne doit-il pas plutôt rester sur ses gardes ?
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