Guy Boulianne

La force de la poésie et la vision universelle du monde : Regards sur la poésie du poète canadien Guy Boulianne

Interview au Quotidien Al Bayane (Maroc) par Noureddine Mhakkak

Les interviews de Guy Boulianne :
  • Le visage de la mère et les mythes symboliques



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    Albayane Culture du 21/12/2006

    Parlons de la poésie, cela veut dire, en autre sens, parlons des expériences humaines avec une profonde vue, une vue qui résume la vie avec tous ses mouvements dans des mots, mais des mots qui recréent cette vie même dans le monde de l’imaginaire. C’est pourquoi on voit que Rilke dit que « Les vers ne sont pas des sentiments, ils sont des expériences. Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes, et de choses ». Parlons aussi de la poésie, cela veut dire parlons en plus de la nostalgie, car la poésie essaie toujours de créer un monde imaginaire, par les mots sûrement, mais un monde qui reflète une grande nostalgie envers le passé. Ainsi le poète en écrivant ses poèmes, regarde, derrière et devant lui en même temps, avec un troisième oeil, un oeil des souvenirs, et à partir de cet oeil, lui-même, il construit son propre monde. Le regard humain vers ce passé là est un regard poétique, il ressemble à celui d’Orphée, d’où viennent son étrangeté et son pouvoir magique, et même son danger. Car en retournant vers le passé et en regardant au dessous de l’épaule, le poète risque toujours de perdre quelque chose de son âme, sa bien-aimée souvent.

    C’est pour cela, au moment qu’on lit quelques poètes, des vrais poètes, que l’image d’Orphée devienne brillante, comme celle du soleil, vers nos yeux, et parmi ces poètes là, le poète canadien Guy Boulianne.

    Ce poète qui aime bien les mots qui dépassent l’ordinaire, les mots qui donnent à travers ses lettres des images fortes de la vie humaine dans son plus beau visage, le visage de l’amour des origines, la recherche des lieux lointains, la construction des musiques orphiques, et avant tout, la navigation dans la folie avec son propre sens poétique, celui qui désigne l’aventure et l’amour des êtres et des choses, celui qui désigne selon l’expression célèbre de Nietzsche, « l’esprit libre ».

    Notre poète, dans ses deux recueils de poèmes « Avant propos d’un prince fou » et « La bataille des saints » trace son parcours poétique mobile avec patience, car le vrai poète, selon Paul Valérie, toute sa vie, cherche la poésie comme le vrai peintre qui cherche, lui aussi, toute sa vie, la peinture. Ainsi le poète est grandi, car il écrit l’amour/ qui lui passe /par la bout des doigts.

    Commençons d’abord par l’analyse des titres de ses deux recueils de poèmes.

    Pour le premier recueil de poèmes : « Avant-propos d’un prince fou », on trouve que notre poète considère ce recueil, comme une courte préface de ce que va venir de paroles poétiques après lui, puisqu’il ne représente qu’un avant-propos. D’autre part on peut constater aussi que ce recueil contient toutes les germes de ce qui va venir dans les autres recueils, puisque le poème est toujours marié à quelqu’un, selon l’expression de René Char. Pour les mots « prince » et « fou », on peut dire que « prince » signifie ici, dans ce contexte,le jeune, le meilleur, l’exceptionnel, tandis que « fou » signifie : le déferant aux autres, celui qui possède le sixième sens, qui a de l’intuition fort, qui libre des normes et des traditions plus que les autres humains normaux, selon la pensée freudienne et même nietzschéenne. Ce titre là nous pousse tous avec une force magique de l’esprit à franchir les portes de ce recueil et d’entrer pour voir toutes ses chambres poétiques. On peut citer quelques vers qui montrent la richesse de ce monde poétique :

    « Pour une femme
    Belle comme un ange
    Qui souriait au vagabond
    Souvenir à ne perdre
    La reverrai-je ? »
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    Albayane Culture du 22/12/2006

    Pour le deuxième titre « La bataille des saints », est un titre problématique puisqu’il présente un monde dont la guerre est son visage le plus fort. Mais quand on lit les poèmes de ce recueil, on voit que ces poèmes là défendent l’amour, l’amitié, la tolérance, en les présentant comme les meilleurs appuis de la paix. C’est pour cela quand nous trouvons des poèmes pleins de toutes ces émotions et des paroles des passions bien travaillés :

    « Mais moi l’amoureux,
    Je me meurs
    Entre les murs de mes pensées,
    Car je suis seul
    Dans mon château de pierre »
     
    « J’aimerais dormir
    Sur un coussin blanc
    Dans la terre qui me parait
    Si accueillante
    Que j’aimerais dormir
    En paix »

    Cette admirable vision du monde nous mène, en tant que lecteurs, vers les lumières de la vraie poésie. Celle qui représente les sentiments cachés du poète, qui n’est que l’homme de la stabilité unilatérale, selon l’expression de René Char. Ainsi on le trouve dans son poème intitulé : « Ma Mer’ » un enfant qui nous donne une image double, celle de la mère, sa mère bien sûr, d’une part et celle de la mer d’une autre part. Mais ce qui est beau et attirant c’est qu’il les confonde en une seule image, pour faire enrichir les significations de l’image de la mère.

    Ecoutons le :

    « Ma Mer’
    Continue de vivre
    Pour que longtemps
    Je puisse naviguer
    Sur la valse de tes vagues »

    On remarque ici que le poète, le vrai poète, en tant qu’artiste et artisan des mots représente dans le patrimoine poétique universel un fils de la mer, de l’océan, puisqu’il aime toujours être libre comme ses vagues. On trouve cette comparaison de l’homme libre avec la mer, dans les poèmes de Victor Hugo, de Charles Baudelaire et bien d¹autres.

    Voilà ce qui dit Baudelaire :

    « Homme libre, toujours tu chériras la mer !
    La mer est ton miroir, tu contemples ton âme Dans le déroulement infini de sa lame Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer »

    Et ce qui dit Guy Boulianne :

    « La mer,
    Paisible et calme
    Reflète la lune
    Qui se balance entre
    Les étoiles
    La brise du vent
    Me frôle le visage
    De sa douce fraîcheur
    Et le cri des mouettes
    Qui percute dans ce silence
    Me rappelle les berceuses
    Que mère me chantait. »

    C¹est presque la même âme, l’âme de la vraie poésie, la poésie libre avec ses rayons de lumières qui se manifeste dans les coeurs des poètes de monde entier.

    En somme, en lisant les poèmes de Guy Boulianne on se sentit près de ses visions poétiques. Son style poétique, et le style c’est l’homme, est bien rythmé, ses phrases et ses mots sont bien choisis. Il a réussi à créer un monde plein d’images brillantes. Des images qui nous poussent en tant que lecteurs de prendre nos valises et de partir avec lui, par l’imaginaire, pour découvrir les secrets des passions d’un poète qui aime la vie, un philosophe artiste qui essaie de peindre des tableaux réels et surréels en même temps. Des tableaux merveilleux, pleins de jolies femmes et de beaux rêves, malgré la tristesse, puisque le poète est toujours triste, selon sa propre expression : « Le poète /toujours triste/la mélancolie qui suit / chacun / De ses pas / Comme une ombre qui ne peut / se détacher ». Mais malgré cette tristesse il est toujours capable de créer son propre monde. Et « sur ce monde, sur ses rêves, il n¹apporte aucune souffrance, à son coeur. »

    Pour en finir, lisons tous ces deux témoignages. Le premier a été écrit par l’écrivain Bernard Tanguay en 1983, (la première édition de ce livre) et le deuxième a été écrit par Raymonde Lacasse artiste peintre en 1987 (la première édition de ce livre) :

    1- « Guy Boulianne, quoique jeune encore (20 ans), nous livre ici son premier recueil de poèmes. Poète autodidacte, il n’est d’aucune école sinon celle de la vie avec ses aléas quotidiens et ses instants fugaces de joie intérieure. Ses poèmes reflètent, dans un premier temps, sa prise de possession du monde qui l’entoure. Puis, phénomène d’osmose, il recrée ce monde dans un symbolisme subtil, visionnaire. »

    2- « En lisant "La Bataille des saints" de Guy Boulianne, le lecteur y découvre l’oeuvre d’un jeune poète. La jeunesse y laisse sa trace. C’est vrai que la poésie n’attend pas ; Rimbaud, Nelligan n’ont-ils pas écrit leurs oeuvres avant qu’ils aient vingt ans. Le poète croit à la magie du verbe, ne lui coupons pas les ailes. Il faut l’écouter, c’est la chance que je vous souhaite. »

    Bonne lecture.

    Fin

    Références :
    - Guy Boulianne : « Avant-propos d¹un prince fou » éditions Mille Poètes LLC, 2006.
    - Guy Boulianne : « La bataille des saints » éditions Mille Poètes LLC, 2006.
    - Jean-Pierre Richard : « Poésie et profondeur » éditions du Seuil 1955.
    - Maurice Blanchot : « L¹espace littéraire » éditions Gallimard 1955.
    - René Char : « Fureur et mystère » éditions Gallimard 1967.

    Quotidien Al Bayane (Maroc) - Noureddine Mhakkak - Le 22 Décembre 2006

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