Présentation du Livre :
La Dévoreuse est un roman érotico-surréaliste. Qui est cette dévoreuse belle et étrange ? L’amour, la mort, le destin ? D’un capitaine de goélette du XVIe siècle à un militaire durant les années d’occupation en Allemagne en 1945, ils guideront nos pas sur des pistes étonnantes où il suffirait d’un souffle pour que la marche du destin en soit modifiée.
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Extraits :
Morbac, ce flibustier des hautes mers ténébreuses n’avait jamais compris l’aversion qu’il avait subitement ressentie à voguer sur les lames houleuses, glauques, sans issues. L’idée qu’il se faisait des profondeurs sous la quille de cette goélette du XVIe siècle à trois-mâts peuplés d’animaux disparates l’oppressait à un point tel que bien souvent il se réfugiait sur le pont accroupi sous le grand mât en se tenant la tête entre les deux mains pour ne pas sombrer dans les rêveries cauchemardesques où gueules béantes et autres dragons aux yeux exorbités parcourant les profonds abysses viendraient le harceler à la moindre défaillance. Il avait horreur des océans depuis ce jour où il comprit qu’il ne reverrait plus jamais la terre. La solitude ne le gênait pas ou très peu. Son compagnon omniprésent, pesant, était le silence épais du temps arrêté auquel la nuit et le jour n’existaient pas, chaleur et froid remplacés par une température constante, faim et soif apaisées par un bien-être mystérieux. Il était à la fois fortuné par une sensation de sérénité et infortuné par une éternité qu’il ne parvenait pas à juguler.
Souvent, il observait le ciel généralement hostile. Des nuages sombres se bousculaient dans le firmament d’un bleu nuit et pourtant éblouissant par la multitude d’étoiles immobiles malgré leur apparente mouvance tentant de se frayer un passage vers l’infini. C’était les seuls remous qui l’accompagnaient dans le silence des flots. La peur et l’angoisse des profondeurs furent des auxiliaires insupportables heureusement compensées par un sommeil réconfortant. L’endormissement bienfaiteur étalait sa régénérescence jusqu’au réveil qui semblable à une mécanique que l’on aurait remontée était prête à renouer le combat de l’attente et de l’espoir jusqu’à l’usure et l’impatience, jusqu’à ce que la détresse apparaisse à nouveau dans sa cruelle détermination, jusqu’à la lassitude pour reprendre in fine le parcours absent de vents, absents de toute vie.
Croiser un bateau, une île, une terre, concrétiserait la légendaire planche de salut tant attendue. L’espoir serait à nouveau présent bâti comme un monument érigé à l’encontre de ce Dieu jouissant d’un ignoble pouvoir de tracer comme bon lui semble un itinéraire menant vers un nulle part inéluctable. Morbac se retourna, arpentait le pont de cette goélette garnie de quatre canons, deux à bâbord, deux à tribord. Elle avait son histoire inscrite sur la base du grand mât. Fréquemment il la lisait. Les runes, signes évocateurs, y étaient gravées pour l’éternité ; les déchiffrer n’était pas chose aisée. Le XVIe siècle et ses flibustiers dont il croyait faire partie, avaient ses aventures qu’il aimait se raconter. Debout sur le beaupré, le nez humant les vents du large en se tenant aux cordages du mât de misaine, il revoyait ces hommes aux gueules tordues.
Alors, voyons !
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