Littérature - Livre - De rimes en liberté
Littérature - Livre - Léna, une rencontre


La Clandestine

Vlad et les autres


Sommaire :
Un, p1
Deux, p2
Berg, p3

Berg

Vous feriez mieux de laisser la littérature à des gens de talent. Ce que vous écrivez ne vaut rien !

Au cours des cinq années de gestation de La passante, Berg avait proposé son oeuvre aux grandes maisons. Milliard, Masse, et quelques autres... Les réponses étaient invariables : Malgré la qualité de votre ouvrage, nous ne pouvons l’inscrire en nos collections. Jusqu’à ces deux lignes envoyées par un vieux satrape, la plume castratrice. Cela ne valait donc rien, de la merde !

Berg avait accusé le coup. Il en avait voulu à cet homme, avant de faire de cette lettre un trophée soigneusement plié dans son portefeuille. C’était une leçon d’humilité. Il devait réussir, pour lui prouver qu’il était capable. Qu’il savait écrire ! Les réécritures et les corrections se multiplièrent. L’auteur n’était jamais sûr. Des trois cents pages du premier jet, il était parvenu à conserver une centaine de feuillets, et encore, il aurait continué longtemps son travail de sape.

Berg comprit que son style s’accordait mal de la demi-mesure. Les réactions suscitées ne pouvaient qu’être tranchées. Pour vérifier sa théorie, il présenta le texte à un concours régional ayant un jury d’écrivains, et de journalistes locaux. C’était un galop d’essai, dans l’espoir de se faire remarquer. Les uns furent emballés, les autres jugèrent bon de l’exécrer. Les pros contre les antis, déjà. Berg n’a pas emporté le premier prix, mais sa nomination au palmarès sonna comme une victoire. Il sentait qu’il fallait aller vite, profiter de cette dynamique.

Un instant, il crut forcer le destin en publiant lui même le texte. L’homme se mit en quête d’un imprimeur. Calculatrice à la main, il décortiqua des devis, fit des estimations. Cela appartenait au domaine du possible, mais quelle patience. Berg fit une pose, il pesa le pour et le contre. Il tenterait encore une fois sa chance. En cas d’échec, alors il se lancerait dans cette bataille par ses propres moyens. Il venait d’entendre parler d’un petit éditeur à Paris.

Ce n’était pas un novice qui frappa à ma porte. Il avait des connaissances sur le milieu. Ecrivain, il savait comment se prépare un ouvrage, les différentes étapes qui conduisent au produit fini. Pourtant, il avait gardé des rêves. Ce n’était pas que du commerce, il y avait quelque chose de magique.

Pendant l’enfantement de La passante, nous prîmes l’habitude de nous voir trois jours par semaine, afin de faire le point sur l’état d’avancement. Je me souviens de son empressement fiévreux qui alternait avec son sérieux déterminé. Lorsque l’imprimeur nous fit parvenir les épreuves pour convenir du Bon à Tirer, il fallut à Berg une dizaine de minutes pour comprendre que les pages devant lui étaient nées de sa plume. Quelle excitation quand, quinze jours plus tard, nous reçûmes la maquette définitive ! Il passa une heure à tourner le bouquin dans tous les sens, à l’ouvrir, le fermer. Il le flairait, l’agitait...

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