Extraits :
L’heure blême ouvre un nouveau jour sur la ville. Un jour perdu.
Le déchirement de la lumière s’étale sur la cité encore vide de présence, ville où les diagonales sombres des allées bordées d’arbres soulignent d’un trait les quartiers qui s’identifient à autant de paragraphes.
L’instant d’irréalité éphémère qui jette un pont entre la vie figée de la nuit et l’éveil du jour, confère aux choses une âme indéfinissable, soulevant le voile d’une autre réalité. Rejeté au-delà d es nuages, le ciel n’est dénaturé par aucune fumée. Ailleurs, des vestiges des temps révolus : monuments perdus, temples, cathédrales de cultes oubliés, retrouvent leurs places et leur sens historique. Même la vieille ville avec ses maisons serrées autour d’étroites ruelles descendant de la butte avec ses escaliers aux rampes de fer et ses chaussées pavées, semble à l’aise dans sa nouvelle peau. Les urbanistes, les architectes et les écologistes de Kôbol ont mis en place les instruments du bonheur.
Dans la construction de ce monde idéal jusqu’à l’utopie, l’Homme a tout simplement été oublié.
Sept lettres effacées sur la pierre d’un Temple.
Sept lettres dont on a perdu le sens : " L I B E R T E "
Vue d’ailleurs, la cité ressemble à une mosaïque composée du vert nuancé des jardins et des parcs, du bleu des rivières et de celui plus sombre des étangs. Les maisons, pour ne pas être en reste dans cette symphonie de couleurs, étalent leur palette qui va du blanc marmoréen au rose du porphyre.
Descendu d’au-delà des monts, le fleuve traverse la ville pour aller à la rencontre de la limite océane et se fondre en elle.
Emprisonné dans un de ses méandres, un étang dessine l’image d’un trèfle...
Nysis sort lentement de sa prostration, mélange d’hébétude et de sommeil. La lumière naissante lui rappelle sa condition. Elle regarde la cour autour d’elle, les rats ont disparus, comme pour elle la nuit est leur domaine. Elle aimerait trouver un peu d’eau pour rafraîchir son visage, mais à part le caniveau qui charrie des eaux usées, il n’y a rien. Elle a faim et soif, elle sait qu’il lui faudra attendre le soir, lorsqu’elle sera près de l’étang pour trouver de quoi subsister. Elle pense à la Taupe et, sans en avoir pleinement conscience compte sur elle pour résoudre ses problèmes. Elle regarde l’heure. Dans une demi-heure elle doit effectuer son premier contrôle. Le poste de garde n’est pas trop éloigné, elle a le temps d’y parvenir sans encourir de sanction. Pourtant, elle hésite à se lancer dans la rue, elle redoute la foule imbécile !
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