Alain Garot

Interview de Alain Garot par Desauteursdulibre



Qu’est ce qui vous a poussé à écrire ?

Le livre était chez mes parents un objet précieux. Mon père, bien que modeste cantonnier, aimait beaucoup lire... Surtout des livres engagés, comme ceux qui relatent en version romancée les luttes ouvrières des 19 et 20 ème siècle...(Jean-Baptiste Clément... entre autres). Cela d’autant plus qu’il eut la chance de vivre pendant pas mal d’années dans le voisinage immédiat d’un grand écrivain ardennais : Jean Rogissart ( Prix Renaudot 1937 avec MERVALE puis Prix du Roman Populiste 1941 avec LE FER ET LA FORET), discutant fréquemment avec lui. Déjà mon grand-père paternel écrivait des jeux d’esprit versifiés pour les grands quotidiens de son époque.

Je crois avoir hérité d’eux cette passion du livre. Quant à devenir auteur, c’est le besoin d’extérioriser ma souffrance d’adolescent « en recherche de sens à la vie » qui me poussa à écrire L’Immature. J’avais tout juste seize ans. Vers mes 25 ans, je me suis remis à l’écriture et j’ai eu la chance de rencontrer un autre écrivain ardennais : Théophile Malicet. Poète de qualité, auteur notamment du livre « Debout frères de misère », Théophile m’a lu, conseillé et même vivement encouragé. C’est à cette époque que mon « Eau d’Epine » rate de peu l’édition.

Or, être édité quand on n’a pas le moindre sou est une chance formidable. Par orgueil sans doute, je n’ai pas voulu suivre les conseils de l’écrivain-éditeur confirmé qu’était Camille Belliard, lequel me demandait simplement, pour pouvoir éditer mon ouvrage, de revoir sa fin l Un Grand... ce Camille ! A tout point de vue. Mais j’en ai pris conscience bien trop tard.

Après, j’ai vécu un long parcours professionnel qui ne m’a pas laissé d’autre choix que celui de mettre « mon écriture » entre parenthèses.

Que vous évoque l’œuvre publiée et dans quelle circonstance a-t-elle vu le jour ?

Une certaine fierté... Et en même temps la prise de conscience qu’éditer un bouquin, tout compte fait, n’est pas la panacée universelle. Fierté surtout parce que j’ai quitté l’école juste après le BEPC et qu’ensuite j’ai bossé comme un fou pour apprendre à écrire. Cours de rédaction littéraire par correspondance.... Tonnes de pages écrites, raturées, mises au panier. Je n’étais jamais satisfait de ce que je faisais. Mais, avec du recul, je m’aperçois que ce travail acharné m’aura permis de faire bien d’autres choses. A mes diverses fonctions de commis facturier, d’agent de planning, de conducteur de travaux, de secrétaire de mairie, de directeur de maison de retraite et enfin de directeur administratif et financier régional (200 salariés c’est pas rien !) s’ajoute maintenant ce nouveau job d’auteur. « L’Eau d’Epine » est arrivée sur InLibroVeritas à l’issue de ce long et passionnant cheminement professionnel. Je n’ai eu qu’à le ressortir des cartons et, avec l’aide précieuse de plusieurs amis d’ILV, le relooker pour le faire devenir ce qu’il est aujourd’hui : un joli livre ! Oui, fier le petit Alain ! De son "Eau d’Epine" certes, mais surtout de sa vie familiale sur laquelle il dira un jour de bien belles choses... si Dieu lui en laisse le temps.

Qui aurait pu imaginer cela, quarante ans plus tôt ?

Est-elle le reflet de vous-même ?

« L’Immature » ? Oui ; mais à une certaine époque. Quant à « L’Eau d’Epine », elle n’est pas le reflet mais le fond de moi-même. Du reste, pourquoi ce titre bizarre ? C’est un symbole bien sûr. Camille Belliard l’avait tout de suite compris en me lisant. En fait, je n’écris pas pour le plaisir de raconter des histoires. Et je ne me fais pas non plus plaisir en écrivant. Si j’écris, c’est parce que j’ai des choses à dire. Plein de choses que j’estime essentielles : L’amour déjà, sans lequel nous ne sommes rien, ni vous, ni moi. Rien ! Et puis la misère des pauvres... (Et pas seulement matérielle) eux qui sont pour moi les préférés du bon Dieu. Aujourd’hui comme hier, ils foisonnent, sommeillant parfois même au creux de certains d’entre nous ( ?). Enfin, cette immense richesse que tout homme porte en lui, qu’il exploite si peu et encore moins dans notre société qui lui met tout sur un plateau. Oui, croyez-moi : si je n’avais rien à faire passer d’essentiel dans mes écrits, j’arrêterais immédiatement de remplir des pages. Je ne conçois pas ma vie comme une simple partie de poker mais plutôt comme un long chemin. Seul - et sans doute unique différence avec mes amis qui ne croient pas - mon chemin, lui, a une issue ! Et j’en suis tellement heureux que j’aimerais le partager - au moins - avec ceux que j’Aime ! Car Ils y ont droit, eux aussi !

Envoyer l'article à un ami
Destinataire  :
(entrez l'email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)


afficher une version imprimable de cet article Imprimer l'article
Litterature.tv © 2006-2010
Concept : Marc Desmedt - Réalisation : Denis Grislin