Extraits :
Il avait la cinquantaine bien sonnée et n’était pas vilain garçon. Au contraire, les femmes le recherchaient, ou alors c’était lui qui recherchait les femmes ? Qui sait ?
Toujours est-il que lorsque les filles le virent arriver les yeux rougis d’avoir pleuré, elles pensèrent « ça y est, elle l’a enfin quitté ! »
Elles se relevèrent et ôtèrent leurs gants de caoutchouc, qu’elles mettaient toujours pour faire leur travail.
Bonjour les filles, comment allez-vous ?
Bien et toi ?
Bof ! Vous savez la nouvelle ?
Oui, ta femme t’a quitté...
Comment savez- vous ça ?
Parce que c’était cousu, ça te pendait au nez depuis le temps que tu la trompais, elle en a eu assez, c’est ça ?
Mais non ce n’est pas ce que vous pensez, si vous saviez pourquoi elle s’en va !
Eh ! bien dis- le- nous ...
Et Sébastien raconte...
Irène ne veut plus vivre avec un homme qui boit trop. Elle ne supporte plus son haleine et ne supporte plus qu’il soit si différent à jeun et un peu ivre. Ses gestes d’amour, il ne les a plus que quand il a bu, mais hélas, il peut lui dire qu’il l’aime, dans ces cas là mais ne peut plus lui prouver. Cela la met très en colère, car elle se rend compte qu’elle gâche sa vie de femme en même temps que sa vie de compagne, à cause d’un vice qu’elle ne supporte pas. Elle-même ne boit que de l’eau, même pas un verre de vin.
Vous vous rendez compte comme la vie est difficile ? Moi qui donnerais ma chemise pour cette femme !
Bon reste calme, ce n’est pas ça la vraie raison, tu plaisantes, Irène n’est pas bête, elle en est loin et si elle te quitte, c’est sûrement que tu as fait quelque chose qu’elle ne peut pas accepter, tout simplement et sûrement quelque chose de grave !
Sébastien regardait ses deux amies Charlotte et Diane, et se demandait pourquoi il était venu leur raconter sa déconvenue. Elles étaient sottes, cancanières et en plus copines d’Irène. Il aurait du garder ça pour lui, elles allaient se moquer et il passerait pour l’idiot du village.
Devant leur sourire, son visage se ferma. Non elle ne pouvait pas lui faire cela, Irène ! Ce n’était pas possible, il avait besoin d’elle ! Elle était son « pare-feu » ses barrières, ses repères et de la connaître et vivre avec elle, l’empêchait de faire des « bêtises » à droite et gauche avec n’importe quelle fille rencontrée au hasard. Car c’était un homme à femmes, il lui en fallait toujours plus. Il n’était pas regardant, des jeunes, des moins jeunes, des blondes des grosses, des moins grosses, qu’importe s’il pouvant les emmener faire un tour dans sa voiture et s’arrêter dans un hôtel, pour un après-midi, voire même une nuit. Il trouvait toujours une bonne excuse pour expliquer à Irène que ce soir- là, ce n’était pas de chance, mais il devait se rendre là ou là, pour voir des clients.
Cela durait depuis dix années. Dix années, où cahin-caha ils survivaient ensemble, se faisant du mal, s’engueulant, mais revenant toujours l’un vers l’autre, dès l’orage passé.
Mais cette fois, cela paraissait sérieux et son argument l’avait touché de plein fouet : oui il buvait peut-être plus que la moyenne, mais il fallait voir le travail qu’il abattait !
Bûcheron de métier, il s’était recyclé dans une scierie, qu’il avait rachetée à un ami en faillite. Mais bien sûr le travail ne se faisait pas comme ça, et les commandes affluaient des entreprises de constructions de meubles. Il avait bien embauché le petit Gaël, mais pas de bras, pas de santé. Il faisait souvent le travail seul et allait livrer directement avec son camion. C’est ainsi qu’il rencontrait des filles ou bien emmenaient celles du village dont il avait envie.
Les deux amies écoutaient Sébastien leur raconter ses déboires tout en continuant le travail pour lequel elles étaient très peu payées : elles cueillaient les tulipes dans les jardins des parisiens, avec leur accord et allaient les vendre toutes fraîches et pas encore écloses sur le marché de la ville. Parfois c’était Sébastien qui les emmenait dans son camion. C’est pour cela qu’aujourd’hui, il était avec elles à leur raconter ses problèmes.
Il avança vers la cabine et sortit de dessous le siège avant, trois bouteilles de bière et leur en offrit une. Elles se relevèrent et s’assirent sur le bord du muret avec lui, les jambes pendantes et le visage relevé vers le ciel, laissant couler cette bière si fraîche et si bonne lorsque l’on fait un travail difficile.
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