Extraits :
Tout a un prix, même le bonheur...
Toutefois, pensaient-ils, ces difficultés n’étaient pour eux deux, couple uni s’il en est, que la contrepartie à payer d’un immense bonheur. Cet immense bonheur d’un couple qui s’aime, sans doutes et sans nuages, cet incomparable bonheur d’une famille unie, soudée, comme on en rencontre si peu. En plus d’exister, ils réussissaient en fait à vivre - vivre vraiment et pleinement - par l’épanouissement de tous et l’amour que leur donnaient en partage ces chères têtes blondes...
Dans cette chaleur, véritablement accablante, qui a convaincu, en cet après-midi d’août, la plupart des paysans habitant ce village du centre de la France de faire la sieste avant de retourner aux travaux des champs, avec la précision des vieilles horloges de campagne, la barrière en fer du cimetière vient de grincer : il est quinze heures...
Car, chaque jour que Dieu fait, du Premier de l’An à la Saint-Sylvestre, avec autant d’exactitude qu’une montre suisse, dont la renommée n’est plus à faire, à quinze heures précises, Alice ouvre cette grille dont le grincement, régulier depuis quelques mois maintenant, est perçu par toutes les âmes qui vivent en ces lieux de repos...
Parmi les plus vieilles d’entre elles, certaines, comme celles de ses parents, voire de ses grands-parents, ont connu Alice avant sa venue dans ce monde terrestre qui est le nôtre, il y a maintenant soixante-quatorze ans, et se sont toujours intéressés à elle. Aujourd’hui encore, malgré les apparences - ces apparences souvent trompeuses qui semblent pourtant, de toute évidence, parfaitement refléter la réalité aux yeux de ceux que l’on a coutume d’appeler les vivants - ces âmes veillent toujours sur Alice. Ces âmes parmi les plus vieilles de celles ayant élu domicile éternel ( ?) en cet endroit où les corps ont tous cessé de souffrir apprécient à la fois cette fidélité et cette visite quotidienne d’Alice tout en sachant pertinemment que celle-ci ne leur est pas totalement consacrée, ni même destinée.
D’autres âmes un tout petit peu plus jeunes ont connu Alice tout bébé. D’autres encore ont apprécié le courage et les qualités de coeur de la jeune fille, de la femme et, enfin, de la mère de famille. D’autres enfin ont joué avec l’enfant puis l’adolescente, partagé leurs secrets avec la jeune fille et compris l’intensité de l’amour que la femme éprouvait pour Jean, cet homme qui allait avoir la chance de devenir son mari et le père de ses enfants.
Déjà, du temps qu’ils étaient bien jeunes, lorsqu’ils allaient encore à ce que l’on appelait, à cette époque, la communale, Alice et Jean étaient inséparables....
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