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Coeur de Framboise "bonne poire"
En revanche, un collègue avait une très bonne note. Il appliquait la méthode « bulldozer ». Pour lui, les délais n’étaient qu’exceptions et il engageait les poursuites brutales immédiatement.
Dans son innocence coutumière, Framboise avait d’abord cru que, cherchant à obtenir une bonification dans ses rémunérations, Henri en oubliait le côté humain. Elle aurait pu concevoir cela. Rien dans notre société, ne favorisait les liens amicaux et pour beaucoup, un redevable n’était, après tout, qu’un nom sur une liste.
Framboise comprit vite que c’était plus que cela. Il y prenait goût. Il se moquait des clients et de leurs lamentations. Il semblait même, que mettre quelqu’un en difficulté lui procurait une certaine jouissance. Les pleurs et les plaintes alimentaient copieusement ses pulsions destructrices.
Quel plaisir pouvait-on avoir à provoquer des drames ? Quel intérêt pouvait-on avoir à pousser les gens à vendre ce qu’ils possédaient et peut-être les mettre à la rue.
Framboise avait essayé de lui parler plusieurs fois sans résultat. Il l’avait repoussée brutalement et s’était gaussé en lui affirmant, dédaigneusement, qu’ils ne travaillaient pas pour un service social.
Framboise lui avait répondu que la raison d’être de la société n’était pas la démolition et que son attitude relevait de la psychiatrie. Elle y avait été un peu fort, elle devait bien le reconnaître. Ils s’étaient bien sûr quittés fâchés. Une barrière infranchissable s’était dressée entre eux.
Tout le monde pensait la même chose que Framboise, mais personne ne disait rien. Ce silence des collègues encourageait Henri qui devenait de plus en plus virulent envers les clients. Pas une journée ne passait sans cris, disputes, pleurs ou menaces dès qu’il se rendait à l’accueil. Mais Henri se sentait fort, encouragé par la direction qui rendait les statistiques. Il dominait les autres de sa haute taille et les toisait avec un regard arrogant. Il traversait le bureau, sûr de lui, prêt à écraser les moucherons qui tomberaient sous sa patte, et ceci en toute légitimité.
Henri avait le pouvoir...le pouvoir de détruire. Chaque facture impayée passant entre ses mains devenait une arme. Si le client pouvait payer, il devenait même inintéressant. Celui qui avait des difficultés avait son importance. Henri décidait de son sort. Il le serrait à la gorge. Il avait la possibilité de l’étouffer, le laisser survivre, ou le propulser dans la rue sans armes ni bagages.
Ce pouvoir rendait son action pernicieuse, mais personne ne voulait le voir, personne n’avait rien vu. A une autre échelle, c’était ainsi que l’on donnait naissance aux dictateurs.
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