Extraits :
Tous les soirs la télévision consacrait une heure aux candidats. Ils étaient dix-huit à briguer la place convoitée de Président, cela leur donnait dix minutes d’antenne tous les trois jours à chacun. Par tirage au sort, l’Omicron intervenait le dernier. Confortablement installé dans son fauteuil, un whisky posé devant lui, Ferdinand, son bloc de papier à la main, attendait avec curiosité la première apparition du dix-huitième postulant.
Le défenseur des dromadaires venait d’achever son exposé, photos à l’appui. Le présentateur annonça :
Et voici le dernier candidat, l’Omicron.
Le visage de l’homme qui apparut sur l’écran reflétait une grande sérénité. Il devait avoir une cinquantaine d’années. Des lunettes à monture d’écailles cernaient des yeux clairs qui semblaient sourire. L’inconnu paraissait sympathique. Ferdinand attendait qu’il se mette à parler. Qu’allait-il proposer qui soit différent de la litanie lénifiante des autres candidats ?
Le temps passait et l’homme se taisait. Au bout de trois minutes, le silence devint pesant. Ressentant comme une gêne devant cette hiératique apparition, Ferdinand manipula la télécommande, pensant qu’elle s’était déréglée.
Mais il n’en était rien. L’Omicron se taisait !
Lorsque les dix minutes imparties s’achevèrent, il n’avait pas entendu le son de la voix de l’insolite candidat. Le commentateur, manifestement mal à l’aise, conclut l’émission politique. Ferdinand avala d’un trait son verre et éteignit le poste.
Pendant plusieurs jours, la même scène se reproduisit. Les apparitions muettes de l’Omicron alimentaient les conversations. Partout, sur les murs de la ville, le portrait du mystérieux candidat trônait aux cotés des autres concurrents, mais contrairement à eux : point de slogan, aucune promesse, pas d’appel à voter. Seul le visage souriant semblait suivre les passants de son regard pénétrant. La population avait fini par s’habituer aux silences du candidat, mais aucun n’aurait raté son apparition, par crainte, sans doute, qu’il ne se mette à parler en son absence. La campagne s’enlisait dans sa déroutante monotonie. A part une altercation violente au cours d’un débat entre le candidat de l’Extrême Centre et le Monarchiste Révolutionnaire, aucun événement spectaculaire ne vint troubler l’ordre établi.
Arriva le jour du scrutin, le moment de vérité...
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