Littérature - Livre - Sur une mélodie perdue
Littérature - Livre - La main de glace


Bella Regarda


Sommaire :
La solitude oubliée, p1
Souvenirs de Cefalou, p2

Souvenirs de Cefalou

Le soir même, Jérôme et moi nous descendîmes dîner après un après-midi passionné. Je le précédais de quelques minutes pour aller téléphoner à Marina, ma seule amie, mon seul lien avec le passé et Ning-Yong, trop tôt disparu. Je n’avais jamais parlé de lui à Jérôme, refusant d’évoquer mon passé que je gardais enfoui, au fond de mon cœur. Mais l’avenir, c’était Jérôme et je me devais de ne plus penser qu’à lui, même si parfois, j’étais encore un peu triste.

Ma mère était sicilienne et je savais qu’elle avait fui son pays pour épouser mon père mais je ne savais rien de plus à cette époque. J’avais appris l’italien pour connaître un peu la langue maternelle de Fabiola Pizzani mais elle avait toujours refusé de me parler de sa famille. Je ne connaissais pas davantage ma famille paternelle qui ne s’était jamais souciée de moi et qui vivait à Bordeaux, indifférente aux malheurs qui m’avaient frappé. J’avais trouvé leur adresse dans les papiers de mon père et je les avais avisé de son décès. Ma lettre était restée sans réponse, alors à mon tour, je les avais raillé de ma vie.

Perdue dans mes pensées, j’arrivai à la réception du Palazzio où nous étions descendus, lorsque j’entendis une voix que je connaissais me demander :
-  Bella-Regarda, mais oui, c’est bien toi, quelle joie de te revoir en Sicile, c’est gentil de venir nous voir.
-  Mario, mais que fais tu là, m’exclamais-je surprise, en le reconnaissant.

Je l’avais connu lors de mon précédent voyage à Cefalou, dans la région de Palerme où il travaillait à la réception de mon hôtel de l’époque : La Blanche Sirène. J’y avais séjourné deux semaines, l’été de mes seize ans et je me souvenais de la gentillesse de Mario et de ce surnom qu’il m’avait donné à l’époque et qu’il m’avait traduit par belle à regarder. C’était la première fois que j’avais compris que j’étais très belle et que j’attirais les regards des hommes.

Pourtant, je ne faisais rien pour ça. Et, avec le recul, j’aurais préféré ne jamais être remarquée par Jérôme. Hélas pour moi, lui, il avait admiré ma beauté. J’avais quarante ans, j’étais encore très belle mais il y avait des femmes plus jeunes aujourd’hui et je ne savais pas encore qu’il les regardait.

Je travaille ici, me répondit Mario, à la réception du Palazzio. Il est plus luxueux que celui de tes seize ans mais il n’est pas au bord de la plage. Et puis, je suis mieux payé. Je me souvenais très bien de la petite crique privée située à vingt mètres de l’hôtel où j’allais me baigner. Elle était ombragée à souhaits pour éviter les ardeurs d’un soleil trop brûlant et cacher les rires de mon innocente jeunesse.

La veille de notre départ, les vagues l’avaient recouverte, la faisant presque disparaître et je n’avais pas pu lui dire adieu avant que les éléments se calment. J’étais venue avec une connaissance de l’époque que j’avais perdue de vue depuis longtemps, une adolescente de mon âge, la brune Sandra.

J’étais heureuse et insouciante à cette époque et je ne conservais que de bons souvenirs de ce séjour. Sandra recherchait la compagnie de Mario et je les avais aperçu souvent discuter tous les deux. Je pensais qu’il devait y avoir une petite idylle entre eux et je n’y avais pas attaché d’importance. Je n’avais pas réalisé à cette époque que c’était elle qui le poursuivait de ses avances et qu’il avait un tendre sentiment pour moi. Quand, il m’appelait Bella-Regarda j’aurais du comprendre . J’étais simplement trop jeune et je ne connaissais pas encore l’amour et la passion.
-  Tu es toujours aussi belle reprit le jeune homme, Qu’es-tu devenue ? Tu n’es pas seule ? Sans doute ton époux, Madame Darmois ?

Je lui répondis que j’étais en voyage de noce et je lui demandais ce qu’il devenait ? Sans doute as-tu une femme et des enfants ?
-  Bien sûr, je suis marié et j’ai deux filles et un fils. Chez nous le mariage c’est sacré mais je t’ai beaucoup aimé m’avoua-t-il pour la première fois. Je suis heureux avec ma famille mais je me souviens encore de la belle étrangère indifférente et cruelle qui ne me regardait pas.

Je ne savais pas encore que je pouvais plaire, j’était très jeune et je te croyais amoureux de Sandra ajoutais-je gentiment.

Elle me poursuivait reprit-il et je n’arrivais pas à la semer. Défie-toi d’elle, ce n’est pas une amie. Elle se moquait de toi en te surnommant la madone. Elle m’exaspérait mais à cause de mon travail, je devais la supporter. Je l’ignorais ajoutais-je à mon tour mais c’est sans importance car notre amitié n’a duré qu’un été. J’étais bien innocente à l’époque mais le jeune fille timide et ignorante est devenue une femme et une épouse comblée.

J’aperçus soudain mon époux qui se dirigeait vers notre table et j’oubliai Marina pour le rejoindre. Je quittais Mario en lui disant, à bientôt, il faudra que nous échangions nos souvenirs en égrenant le bon vieux temps. Il acquiesça d’un sourire tandis que moi, je goûtais encore les joies d’un bonheur sans histoires. Le réveil allait être brutal et l’épouse comblée allait se trouver face à une réalité redoutable.

Envoyer l'article à un ami
Destinataire  :
(entrez l'email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)


afficher une version imprimable de cet article Imprimer l'article
Litterature.tv © 2006-2010
Concept : Marc Desmedt - Réalisation : Denis Grislin