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Absence(s)

Littérature - Livre - Absence(s) de Barbe Perrin

Editeur : Chloé Des Lys
Catégorie : Contemporain

Format : 103 pages
Dimensions (cm) : 20,5 x 14,5 x 0,8
Date de parution : 31/05/2008
ISBN : 978-2-87459-309-3


Les livres de Barbe Perrin :
  • L’homme debout
  • Secret(s)

    Dans la même rubrique :
  • La Cathédrale
  • L’homme debout
  • Elle, rien ne l’édulcore
  • Secret(s)
  • La Mémoire du Passé
  • Biographie de Barbe Perrin :

    Barbe Perrin a longtemps mené une vie de bohème avant de jeter l’ancre à Bruxelles. Ses nombreuses pérégrinations l’ont conduite à séjourner dans plusieurs pays d’Europe, où elle a exercé (...) (En savoir plus...)


    Présentation du Livre :

    Dans Secret(s), elle nous emmenait dans les méandres fulgurants d’une quête aux origines de soi, jouant sur la densité des non-dits et le fardeau des secrets révélés. Dans Absence(s), son deuxième roman, elle nous emmène à bord du Transsibérien. Dans les steppes et les montagnes d’Asie Centrale, où une femme mène la danse. Seule parmi les hommes. Pour un voyage à travers la steppe ou à travers sa propre âme ? Tandis que défilent les paysages et les rencontres, des absences surgissent, qui s’emboîtent et se déboîtent comme autant de matriochkas malicieuses. Absence d’un être disparu, absence d’humanité, absence de soi, absence de morceaux de soi... absences, donc, et quête tout à la fois, quête de la liberté dans la féminité, dans ce qu’elle est, et ce qu’elle n’est pas. En cherchant dans les clichés et les carcans qui l’entravent. Car qu’est-ce que la féminité ? Pour y répondre, ou ne pas y répondre, Barbe Perrin a le trait juste et nous conte son histoire avec la sobriété d’un calligraphe japonais. L’action semble bridée ? Ce n’est qu’un trompe-l’oeil, l’oeil du cyclone. Car rien n’est prévisible. Tandis qu’un tourbillon d’impressions, d’idées et de réflexions nous submerge, voilà que se déchaîne l’ouragan de la révolte. Sans retenue. Nue. Sur un fond de paysages immuables, elle manie la plume comme une rapière. Sa botte secrète ? Porter l’estocade quand le lecteur baisse la garde. Une fine lame. Mais aussi, une lame de fond. Un stylo qui touche, un style qui pique, un stylet qui fait mouche.



    Extraits :


    -  What are you thinking about ?

    Robinson a posé la question à voix basse. Lou, dérangée dans sa torpeur, n’a pas envie de répondre. Les yeux fermés, elle laisse divaguer ses pensées, tandis que le souffle de Robinson coule en légers méandres sur son dos, avant d’aller s’ancrer vers le creux de sa fesse gauche. C’est si bon d’être là, scotchée sur le lit comme une otarie sur le sable. Elle se sent glisser dans le sommeil comme l’abricot qui s’enfonce dans une crème à la vanille. Bientôt, elle ronflera. De ce ronflement de détente, parfois si fort qu’on s’en réveille soi-même.
    -  What are you thinking about ?

    Robinson lui mordille un bout de cuisse, insinue une main entre elle et le drap, la cueille avant qu’elle ne sombre. Lou, paresseuse, le laisse faire. Elle aime le contact de cette main sur son sexe. Elle aime se sentir gonfler, devenir aussi juteuse qu’un fruit mûr, la peau prête à craquer sous la pression de la pulpe. Elle aime se sentir prune, mirabelle, nectarine. Et puis pêche quand son clitoris s’habille de velours. Mais Robinson, taquin, retire brusquement sa main, la laissant sur sa faim.
    -  Mmm, rouspète-t-elle faiblement.
    -  Is that what you are thinking about ?

    Robinson se couche en travers du lit, utilisant les fesses de Lou comme un coussin. Elle sourit. Un filet de salive glisse sur l’oreiller. Elle essaie d’imaginer à quoi peut bien ressembler la pensée « Mmm ». À une pensée inexprimée, sans doute. À quelque chose, en tout cas, de bien plus proche du sentir inarticulé que de la pensée organisée ou de la réflexion. Quelque chose qui plane entre éveil et sommeil, quelque chose d’un monde où sensations et images prennent forme avant les mots. Un état, une façon d’être de la conscience qui, tout en effaçant la volonté pensante, fait surgir des sentiments enfouis, profonds. Voire inconnus. Ainsi, Lou, sans réfléchir, sans penser, chuchote le nom de la première image qui lui passe par la tête :
    -  Istanbul.

    Dans la région de ses reins, elle perçoit le mouvement, tout petit, que fait la nuque de Robinson.
    -  Istanbul ? That’s where we met... dit-il tout en changeant de position, pour s’allonger avec le visage près du sien.

    Et il continue, songeur :
    -  Tu étais habillée en jaune, Lou. Tu étais jaune comme un tournesol. J’ai eu envie de te prendre dans mes bras, là, tout de suite, et de t’enlever tous tes vêtements, un à un, comme on détache les pétales des fleurs. Elle mouille, un peu, beaucoup...

    Robinson lèche son index et le passe délicatement sur les lèvres entr’ouvertes de Lou.
    -  Comme ça, tu mouilles. Ta bouche et ton sexe se ressemblent.
    -  Mmm... Heureusement que j’ai moins de poils autour de la bouche...

    Lou éclate d’un rire détendu, qui coule sans entraves, proche du bonheur. Robinson sourit.
    -  Comment tu fais pour rire si beau ?
    -  Je ne sais pas, c’est comme ça.

    Lou hausse les épaules.
    -  Je suis tellement bien, là. Tellement bien que ça me monte à la tête, comme si j’étais soûle !

    Elle rit encore, et encore, et son rire devient fou. Elle se redresse sur le lit, essoufflée, les cheveux dans les yeux.
    -  Ça me donne envie de faire la sotte ! Imagine que j’aie la chatte à la place de la bouche ? Et la bouche à la place de la chatte ? Regarde, ce serait rigolo !

    Et Lou de saisir les grandes lèvres de son sexe et de les faire bouger, tout en parlant avec une très grosse voix :
    -  Hello toi ! Tu vas bien ? Tu t’ennuies ? Tu veux venir jouer avec moi ?

    Robinson secoue la tête, désarmé.
    -  Je jouerais avec toi tout le temps, tellement j’ai envie de toi.
    -  Tu voudrais vraiment que je te croie quand tu me dis qu’au premier regard, à Istanbul, tu voulais déjà me sauter dessus ?
    -  Bien sûr. J’ai eu envie de toi immédiatement. Je t’aurais fait l’amour sur place.
    -  Eh bien, ça ne se voyait pas du tout. D’ailleurs, tu ne l’as pas fait, perdu que tu étais dans les nuages de ton narguilé. Tu m’as tendu la main sans même me regarder !
    -  Et toi, tu as remarqué ça ?

    Agacée par le petit sourire en coin de Robinson, Lou ne répond pas. Elle ferme les yeux, se tourne de l’autre côté, vers le mur, en chien de fusil. Robinson se colle sur son dos et l’entoure de son bras.
    -  À Istanbul, ta main était tiède, comme si elle sortait du lit. J’ai espéré que tu te sois masturbée et que tu ne te sois pas lavé les mains. J’aurais voulu te faire un baisemain pour flairer tes doigts. Je n’ai pas osé.
    -  Tu es fou. Fou et obsédé.

    Lou ne voit pas le visage de Robinson. Elle ne voit pas comme il contracte soudain ses mâchoires. Elle l’entend seulement ne rien dire. Elle tourne la tête vers lui. Le regarde, mutine. L’embrasse. Un baiser léger, une broutille imperceptible, presque une mémoire de baiser. Dans la pénombre, les yeux de Robinson ont l’air de deux marguerites bleues. Il veut disperser la tension soudaine qui a envahi la petite cahute de bois.
    -  Tell me about Istanbul.

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